Publié dans éditions du Caïman, crime, délinquance, enquête criminelle, harcèlement, Passion polar français, psychologie des personnages

Passion polar français: Nuits Blanches en Normandie, Jérôme Sublon.

« Enfant-placard », un thème douloureux abordé avec justesse et dignité dans ce polar bien ficelé…A découvrir…

L’auteur:

Jérôme Sublon, dans un premier temps ingénieur puis professeur des écoles, se consacre maintenant entièrement à l’écriture de romans noirs. Adepte des chemins de grande randonnée, il joue également de la guitare dans un groupe choriste. Ses précédents romans ont été publiés aux éditions du Caïman.

Le roman:

Nuits Blanches en Normandie a été publié en 2022 par les éditions du Caïman, dans la collection Polar en France. Le style, neutre pour les passages purement narratifs, peut se montrer familier, voire ordurier, selon les circonstances: « Qu’est-ce qu’ils avaient tous ces connards à la dévisager comme ça? Son imper n’était pas à la dernière mode? Elle sentait pas la rose? Qu’est-ce qu’ils en avaient à foutre. Elle descendit du car avec soulagement. Ah ça! Pour juger les autres il y avait du monde, mais pour porter de l’aide, plus personne! »

Construction: les chapitres sont racontés soit du point de vue du narrateur anonyme, soit à la première personne du point de vue de Mort, le bébé de Marthe, dont on suit l’évolution jusqu’à l’âge adulte. Parti pris intéressant, dans le sens où le lecteur fait connaissance avec Mort de « l’intérieur » en quelque sorte. L’élaboration du personnage s’opère sous nos yeux: les maltraitances qu’il subi depuis sa naissance, les moqueries incessantes endurées quand il était enfant, l’adulte meurtrier qu’il est devenu.

L’intrigue:

« Enfant-Placard », Mort est âgé de cinq ans lorsque sa mère décède brutalement. A cause de sa difformité, il subit pendant des années les moqueries et harcèlements de toutes sortes de la part des gamins de l’école qu’il fréquente.

Parvenu à l’âge adulte, il s’est organisé une vie confortable afin de ne plus avoir à subir: il travaille à son domicile, se fait livrer ses courses par un livreur qui les dépose devant la maison dans laquelle il a grandi. Tout allait bien jusqu’au jour où…

Jusqu’au jour où il croise la route de Paul et ses potes. Qui, avinés, se moquent de lui. Attisant sans s’en douter la flamme de haine assoupie au fond de son cœur. Qui ne demandait qu’un facteur déclencheur pour se réveiller.

La dernière fois que cela s’était produit, Mort s’était juré de ne plus jamais tolérer ce comportement à son égard. Il va résoudre le problème à sa manière, selon une méthode toute personnelle qu’il appelle « la méthode Marceau ». Méthode qui consiste à faire tabasser son agresseur par une tierce personne en menaçant un de ses proches. Ou pire…
Bientôt, les cadavres s’accumulent. Mort continuant de se faire justice en menaçant de tuer femme et enfant si l’exécuteur ne remplit pas sa « mission ». Le commissaire Kervy, qui lorgne sa proche retraite d’un regard amoureux, ne sait plus où donner de la tête. Il devient urgent de stopper l’hémorragie. C’est là qu’interviennent le commissaire Aglaé Boulu et son équipe de choc.

Les lieux:

Maison natale de Mort: Marthe, mère de Mort, vit dans une longère délabrée, située en retrait du village, au bout d’un chemin sinueux, dissimulée par une haie de charmes et les méandres de l’Andelle. Un endroit isolé, d’où personne ne peut entendre ce qu’il s’y passe, ni les cris, ni les pleurs de Mort enfant. Devenu adulte, il a conservé cette masure qu’il a rénovée afin d’en faire un refuge propre et fonctionnel. Il a également conservé l’habitude de dormir dans le placard au fond duquel gisent son matelas et ses couvertures. Par habitude. Le seul endroit où, enfant martyr, il se sentait en sécurité.

En conclusion:

Difficile de prendre fait et cause contre le meurtrier dans une telle affaire. Jérôme Sublon aborde le thème de « l’enfant-placard » avec beaucoup de réalisme et de pudeur. Comment juger les actes criminels d’un jeune homme qui a subi les pires privations de la part de sa mère dès sa naissance? Qui a vécu les six première années de sa vie enfermé dans un placard pour seule chambre, avec pour seul « spectacle » les ébats de sa mère avec les hommes qu’elle recevait chez elle pour subvenir à ses besoins? Comment un enfant qui n’a connu que cet univers pourrait-il se développer normalement, que ce soit physiquement ou psychologiquement? Quelle vision du monde peut-il avoir parvenu à l’âge adulte?

Une question bien souvent débattue pour laquelle il n’existe pas de réponse vraiment satisfaisante…Bien sûr, il n’est pas question d’excuser les actes criminels commis par Mort, certes désireux de se venger des moqueries et du mépris de ceux qui croisent sa route. Un cas de conscience… »Nuits Blanches en Normandie » propose une intrigue intéressante, bien construite, malgré quelques faiblesses dans le style.

Le+: la psychologie du tueur constitue une partie importante du récit qui commence par sa naissance et continue par ses années d’école où il fait l’apprentissage d’une autre souffrance que celles infligées par sa mère: les moqueries et le harcèlement auxquels il n’apporte que la seule réponse qu’il ait apprise de sa génitrice: la violence! L’auteur analyse sans sombrer dans le jugement facile les mécanismes du harcèlement: pour quelles raisons ne peut-on pas accepter des êtres humains différents, affublés d’une tare physique ou tout simplement plus faibles, plus vulnérables? Car Mort, une fois devenu adulte, représente toujours aux yeux des autres un sujet de moquerie. Sauf qu’un jour, il a décidé de ne plus jamais accepter…Et de se venger de la plus terrible des façons…

Un bon polar, au rythme enlevé, au cours duquel on ne s’ennuie pas une seconde. Une agréable découverte.

Citations:

« Six mois qu’ils étaient au chômage. Ils avaient pris quelques distances avec leur morale. Chacun, quand ils étaient en poste, secrétaire, technicien, clamait haut et fort que ceux qui étaient au chômage étaient de grosses feignasses et se citaient en exemple. Ils connaissaient des gens qui préféraient toucher le RSA, additionné de quelques aides supplémentaires plutôt que de se bouger le cul à travailler pour deux euros de plus. » (Page 131).

« Matinée pluvieuse. Non pas la méchante averse qui en voulait aux passants et qui voudrait traverser des imperméables, l’ondée rageuse dont le but était de trouer les parapluies avec ses rafales désordonnées. Non, la petite pluie fine, persistante et sournoise, qui semblait caresser la peau, teigneuse et perfide. Avec hypocrisie, elle parvenait à ses fins, inonder le piéton inconscient jusqu’aux tréfonds de son âme. » (Page 194).

3 commentaires sur « Passion polar français: Nuits Blanches en Normandie, Jérôme Sublon. »

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