Publié dans angoisse, éditions Hugo Thriller, disparition d'adolescent, enquête criminelle, Passion polar français

Passion polar français: Les Racines des Ombres, François Rabes.

Quand le passé remonte à la surface, dérangeant, insidieux, n’épargnant personne, telle une ombre maléfique…

L’auteur:

François Rabes est un réalisateur, scénariste et auteur français.

Après des études littéraires et un passage éclair en fac de cinéma. Après avoir envoyé une demande sous forme de story-board, il décroche un poste de stagiaire mise-en-scène sur « La cité des enfants perdus » (1995) de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro.

La rencontre avec les nombreux talents qui composent l’équipe du film est déterminante. Cette expérience lui offre un apprentissage en accéléré et l’encourage à mettre sur pied, à l’âge de 20 ans, un premier court-métrage.

Alternant films courts, clips musicaux (Johnny Hallyday, Pascal Obispo, Dj Abdel, Mister You…) et autres publicités, François Rabes développe des projets de longs-métrages dont il signe les scénarios.

Avec Les racines des ombres, François  Rabes signe son premier roman et remporte le concours Les Lieux Noirs 2021, organisé par Fyctia et les éditions Hugo & Cie.

Le roman:

OIPLes Racines des Ombres a été publié en 2022 par les éditions Hugo Thriller, dans la collection Hugo Poche. Le style fluide joue sur les sonorités des mots afin d’étayer son propos: « Les rugissements mécaniques d’une tronçonneuse hurlaient au cœur de la forêt privée de Thaon-les Vosges. Les dents de métal déchiquetaient un large tronc à sa base, dans une gerbe de sciure. L’arbre monumental finit par se pencher au ralenti avant de s’effondrer dans un fracas retentissant, faisant jaillir du sol épineux une nuée de poussière, de terre et de branchages. » (Page 6)…et énergique, expose la situation de départ avec simplicité et efficacité: « Les sons environnants parvenaient étouffés aux oreilles de Claire à mesure qu’elle s’enfonçait dans le cimetière, tel le volume d’une chaîne stéréo que l’on baisserait progressivement. Ce sentiment la mit mal à l’aise lorsqu’un détail de l’histoire vint ricocher dans son esprit embrumé, sacrément en manque de caféine. » (Page 16).

Thèmes: secrets surgis du passé; relation père-fils; préjugés contre ceux qui sont différents, qui ont choisi une vie moins conventionnelle.

L’intrigue:

Suite à des travaux entrepris dans le cimetière, les ouvriers constatent que la tombe de Christine Joubert, assassinée en 1982 à l’âge de seize ans, est vide. La gamine avait été violée et égorgée. Son corps laissé dans un bois.

Dario, chef de gang contesté par la jeune génération, n’a pas le choix: réussir son braquage pour leur montrer qui est le boss. Montant du butin: 400 000 euros. De quoi imposer le silence. Au moins momentanément.

Pourquoi Dario dépose-t-il des fleurs sur la tombe de Christine chaque année, le 12 juillet, jour anniversaire de sa mort, si c’est lui le coupable? Et si dario avait été condamné à la place d’un autre?

Jacques Mallet insiste pour que son fils Michel reprenne les rênes de l’entreprise familiale qui s’ouvre de plus en plus au marché européen, même si ce dernier nourrit d’autres rêves. Et qu’il vient d’acquérir un manoir délabré sis au cœur de la forêt, contre l’avis de son père que, pour une fois, il a réussi à contrer.

En proie à un sentiment d’abandon depuis le suicide de son père quand elle avait six ans, Claire, la substitut du procureur, dans un décor triste et monotone, devra surmonter son manque d’expérience afin de faire la lumière et d’établir la connexion entre ces trois morceaux d’intrigue, n’ayant en apparence aucun lien entre eux.

L’enquête menée par Jacques Mallet, ancien gendarme, quarante ans plus tôt, aurait-elle été bâclée? Le passé remonte à la surface, dérangeant, insidieux, n’épargnant personne, telle une ombre maléfique…

Les lieux:

L’intrigue se situe à Chavelot, un petit village des Vosges, qui devait son nom aux nombreuses crues de la Moselle qui l’avaient dévasté à de nombreuses reprises par le passé. Tout autour, se trouve une vaste forêt dont le rôle ambigu oscille entre protection et menace. Car tout est trouble, équivoque, dans ce roman qui puise ses racines dans les ombres dissimulatrices.

En témoigne la vieille maison achetée par Michel, qui ressemble assez à l’antre d’un Merlin des bois: « une demeure ancienne, assez grande, imposante, biscornue. Les murs en pierre grise de l’édifice sur deux étages étaient troués de fenêtres hautes et étroites, dépourvues de volets pour certaines. Un toit pointu composé de tuiles rouge brique surmontait la façade principale »… des airs de vieux manoir coupé du monde par le rempart protecteur et menaçant à la fois de la dense forêt qui l’encerclait au-delà du jardin.

Un contraste frappant avec le bureau de son père Jacques: « une pièce qui inspire autorité et respect, tout en jouant le contraste avec l’aspect brut de l’usine dans son choix des matières et l’agencement d’un mobilier moderne. Une partie du sol en chêne massif était recouvert d’un immense tapis en laine tuftée dans les tons mastic. Une longue table de travail, composée d’un épais plateau de verre sablé sur une armature métallique, se découpait face aux grandes fenêtres aperçues en arrivant devant le bâtiment. » (Page 116).

=>Dis-moi dans quel environnement tu vis ou travailles, je te dirai qui tu es ou veux paraître…

En conclusion:

Le -: bien que l’intrigue soit bien ficelée et les thèmes traités de façon pertinente, je regrette un certain déséquilibre entre l’action et les digressions morales et psychologiques qui, à mon sens, prennent parfois trop de place. Par exemple, les conclusions de l’enquête passées sous silence au profit des ressentis de Michel. Bien sûr, le lecteur peut tirer ses propres conclusions mais je préfère de beaucoup lorsqu’un récit policier expose tous les développements de l’affaire résolue.

Cela dit, Les Racines des Ombres propose un cocktail détonnant qui constitue tout son attrait: sombres secrets surgis du passé, un condamné innocent, un père animé par une rage aveugle, un gendarme borné, une jeune substitut moins naïve qu’il n’y parait, un homme miné par un événement survenu 35 ans plus tôt lorsqu’il était âgé de six ans, des préjugés à la vie dure, un père castrateur, un camp de Roms trafiquants, un médecin apprenti sorcier =>Et oui, vous trouverez tout ça dans ce roman dans lequel l’auteur ne mâche pas ses mots…ciblant les dérives de la société avec justesse et pertinence…

Citations:

« Il y avait les dominants, comme son père, et les dominés. Ceux qui se fondent dans le décor. Inutile de chercher dans quelle case on le rangeait. Oui, les gens on les range dans des tiroirs, c’est plus pratique. On sait ce qu’ils contiennent, on peut les ouvrir à loisir ou décider de les laisser fermés. » (Page 9).

« Son père Jacques avait pris la place pour deux, l’entourant de son amour tout en le poussant toujours en avant, lui insufflant confiance en soi pour vouloir plus que les autres, se battre jusqu’au bout en toutes circonstances, que ce soit sur un terrain de foot, dans la préparation d’un examen ou auprès des filles. Savoir se faire remarquer, sortir du lot, ouvrir sa gueule lorsque la situation l’exige ou au contraire tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de dire une bêtise. » (Page 137).

« Lors de certaines réunions, où de dynamiques trentenaires issus de la génération digitale recrachaient leurs abréviations techniques ingurgitées en écoles de commerce, Jacques avait l’impression d’être poussé en fauteuil roulant. Il lui prenait alors l’envie de distribuer des baffes à tous ces petits singes savants donneurs de leçons et de conseils, cette génération nivelée vers le bas et autocentrée, persuadée d’incarner le monde par le seul fait d’exister. » (Page 154).

« Mais en réalité, il se reconnaissait de moins en moins dans le monde d’aujourd’hui. Tout allait trop vite pour finir la plupart du temps directement dans le mur. Que ce soit sur le plan politique, social ou économique, on parlait constamment d’évolution, de transformation, de transition, de changement. Mais il jugeait cette course effrénée avec condescendance, ou plutôt comme une régression. » (Page 175).

« De nos jours, tout le monde était expert et s’arrogeait le droit de répandre sa vérité, son émotion, son ressenti. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux télé où de soi-disant spécialistes venaient régulièrement débattre en boucle sur les mêmes sujets, mais surtout s’écouter parler. Et quand une majorité bien-pensante et hargneuse s’employait à revisiter notre histoire, jugeant avec mépris les erreurs du passé en déboulonnant des statues ou en renommant des rues, au lieu d’essayer de replacer les choses dans leur contexte et de rectifier le tir ici et maintenant, Jacques sortait de ses gonds et se retenait de ne pas balancer son plasma par la fenêtre. » (Page 176).

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