Publié dans adultère, éditions J'ai Lu, crime, enquête criminelle, fantômes du passé, littérature suédoise, Passion polar nordique

Passion polar nordique: Faux Pas, Maria Adolfsson.

Premier tome d’une série policière consacrée aux enquêtes de Karen Hornby…Quel effet ça fait de se réveiller dans un hôtel inconnu aux côtés de son chef détesté avec une terrible gueule de bois??…

L’auteur:

téléchargementMaria Adolfsson, née à Stockholm en 1958, est une romancière suédoise auteur de romans policiers. Ancienne directrice de communication, elle se consacre désormais pleinement à l’écriture avec la série d’enquêtes policières située sur l’île imaginaire de Doggerland.

Le roman:

Faux pas, Felsteg dans la version originale parue en 2018, a été publié en 2019 par les éditions Denoël en 2019, puis en avril 2021 par les éditions J’ai Lu pour la versiontéléchargement (1) poche. Le style de Maria Adolfsson est soigné jusque dans les détails: « Elle se tourne, dos au soleil, et contemple la plage. Une bande de mouettes rieuses s’affaire en hurlant autour de quelques sacs-poubelles mal noués qui n’ont pas trouvé de place dans les bacs à ordures installés pour l’occasion. Un peu plus loin elle aperçoit un autre gros sac. » (Page 17).

Construction: tout est raconté au présent, y compris les flash-backs, du point de vue de Karen qui nous livre ses investigations, sa vie privée, ses ressentis, ses pensées.

Le film se déroule au fil des mots qui tissent la toile de l’intrigue minutieusement, détail après détail, comme une caméra qui filmerait très lentement: « La porte de la chambre 507 émet un petit claquement en se refermant. Karen longe le couloir, foulant de ses pieds nus la moelleuse moquette rouge. Arrivée dans l’ascenseur, elle enfonce le bouton rez-de-chaussée. Les temps battantes, elle enfile péniblement ses baskets, son index faisant office de chausse-pied. A peine a-t-elle terminé qu’un tintement annonce l’ouverture de la porte. » (Page 15)…

L’intrigue:

Septembre. Lendemain de la fête de l’huître. Karen se réveille dans une chambre d’hôtel avec une gueule de bois carabinée, aux côtés de…..Jounas Smeed, son chef détesté!!! Aucune idée de comment elle est arrivée ici, ni dans quelles circonstances. Finalement, elle se dit qu’elle préfère ne pas savoir.

A peine a-t-elle le temps d’émerger des brumes alcoolisées que le commissaire général Viggo Haugen lui confie l’enquête sur l’assassinat de Suzanne Smeed, l’ex-épouse de Jounas, celui-ci ne pouvant évidemment ni la diriger, ni rester chef du service pendant la durée des investigations.

D’après les premières constatations, il a été établi que le crime s’est produit entre huit heures, moment où Karen l’a aperçue en rentrant chez elle, et midi. Harald Steen, un voisin, a donné l’alerte après avoir vu Suzanne allongée dans sa cuisine. Qui a bien pu entrer chez Suzanne et la tuer sans se faire repérer par les voisins? Tout le monde n’était quand même pas couché à cuver son vin…

Circonstances troublantes: le fourneau était allumé au point de risquer de mettre le feu à la maison. Cambriolage qui a mal tourné? Dans ce cas, pourquoi n’avoir pas pris l’argent qui se trouvait dans une boîte à thé et s’être contenté de prendre ce qui se trouvait dans son portefeuille? 

Evidemment, l’ex-mari est le premier suspect…Sans que personne ne se doute que Karen constitue son alibi, au moins jusqu’à sept heures vingt. Mais qu’a-t-il fait après le départ de sa collègue? Et pourquoi retrouve-t-on ses empreintes partout dans la maison de Suzanne si, comme il l’affirme, ils ne s’entendaient pas et se voyaient rarement?

Convaincue que la clef de l’énigme repose sur la personnalité et la vie de la victime, Karen fouille dans son passé, écoute les divers témoignages de ceux qui la connaissaient, remonte la piste loin dans le passé, jusqu’à l’histoire de ses parents et de la communauté hippie qu’ils ont fondée à Langevik en 1970. Le crime aurait-il un lien avec les événements qui s’y sont déroulés quarante ans plus tôt? 

Les personnages:

Des protagonistes humains, avec leurs faiblesses et leurs émotions; des personnages que l’on pourrait rencontrer dans la vie quotidienne:

  • Karen Eiken Hornby: inspectrice de police; diplômée en criminologie; taux d’élucidation très élevé grâce à son flair et à son opiniâtreté.

  • Jounas Smeed: chef de la brigade criminelle; excellent flic bien qu’arrogant et antipathique.

  • Bjorn Lange: brigadier; émotif.

  • Sara Inguldsen: brigadier.

  • Karl Bjorken: inspecteur de police; collègue et ami de Karen; perspicace.

  • Soren Larsen: technicien de la police scientifique.

  • Sigrid: fille de Jounas et Suzanne.

  • Viggo Haugen: commissaire général; aussi pingre qu’il aime être au centre des medias.

Les lieux:

Doggerland, endroit fictif ancré dans un environnement concret, donne lieu à des descriptions très réalistes: « De l’autre côté de la route, des falaises escarpées surplombent la mer et sa musique perpétuelle, qu’elle bruisse ou rugisse, calme ou menaçante. Aujourd’hui, la forte brise forme de l’écume sur la surface et le soleil darde ses rayons entre les nuages joufflus qui glissent rapidement vers la terre. » (Page 73).

Scène de crime: description très précise du lieu, de la position du cadavre et des actions des techniciens de police scientifique, comme dans un rapport de police, accentuant la sensation de réalisme imprimée au roman par de nombreux détails disséminés ici et là: « Suzanne Smeed est étendue sur le dos, le cou en torsion et la tête encastrée dans le coin d’un fourneau noir. Le peignoir a glissé, révélant une chemise de nuit crème au profond décolleté garni de broderies. Un sein étonnamment rond par rapport au corps fluet en dépasse. La main gauche de Suzanne Smeed est cachée, mais Karen remarque que l’autre, bien que dépourvue de bijoux, présente des ongles manucurés, portant un discret vernis rose pâle…Un technicien en combinaison blanche se déplace en slow motion autour du cadavre, accompagné du léger bruissement de son vêtement de protection, et prend des photos sous tous les angles possibles. Les deux autres techniciens circulent dans la pièce avec le même froufrou. » (Pages 45-46)

Brigade criminelle de Doggerland: brigade composée de douze agents masculins et deux femmes, dont la mission est d’enquêter sur toutes les infractions pénales graves commises sur les trois îles composant l’archipel de Doggerland. 

En conclusion:

Je trouve astucieux cette façon de construire une intrigue la plus réaliste possible, concernant les procédures d’investigation criminelle, ancrée dans un environnement culturel familier à l’auteur, avec des personnages et des lieux fictifs. Le côté romanesque étant préservé tout en assurant un réalisme très crédible, quasi indispensable si l’on veut inventer une histoire policière qui tienne la route( par exemple en précisant l’organisation de la police nationale de la République du Doggerland). 

Le +: une intrigue pas si simple qu’elle pourrait le paraître au début, plongeant bientôt dans un passé lointain que l’inspectrice, sûre d’avoir raison, devra reconstituer, malgré le scepticisme de sa hiérarchie. 

Un roman policier bien construit, original avec ce postulat de départ: le fait que Karen se réveille dans une chambre d’hôtel avec une gueule de bois carabinée, aux côtés de…..Jounas Smeed, son chef détesté, tandis que son ex-femme Suzanne est assassinée, l’écartant d’emblée des investigations. Le côté psychologique n’échappant pas à Karen qui doit marcher sur des œufs si elle veut boucler son enquête et démasquer le criminel. 

Citations:

« A en juger par le parking bondé, la frénésie de consommation des Doggerlandais n’a été jugulée ni par le froid, ni par les festivités du week-end passé. Quelque soit l’heure ou le jour, une visite à Grena implique des queues aux caisses, des cris d’enfants et des mâchoires crispées derrière des caddies menaçant de déborder. Ici se joue la version moderne de la chasse aux grands fauves d’autrefois; épuisés et baignés de sueur, les héros triomphant retournent à leur logis, transportant leur butin dans le coffre de leur voiture. Dans le rôle du gibier abattu, les sacs de provisions joufflus ou, lorsque la chasse a été particulièrement bonne, l’écran plat vachement plus grand que celui que le voisin a acheté l’an dernier. » (Pages 180-181).

« Les collègues livides et renfrognés s’aboient dessus; le nombre incalculable d’heures supplémentaires fait retentir les sonnettes d’alarme du département des ressources humaines. La frustration règne en maîtresse à l’hôtel de police de Dunker -parce qu’il y a une nouvelle victime, parce que les effectifs sont insuffisants pour patrouiller toutes les rues, parce que l’ordure qui a fait ça est encore en liberté. Sans compter la crainte omniprésente de la récidive. Dès cette nuit peut-être. » (Page 402).

« Peut-être était-ce à ce moment-là qu’ils prirent tout à tout conscience, à contre-coeur, que la noble idée de tout partager était répugnante dans la pratique; qu’il était plus facile de comprendre la réaction d’Anne-Marie que l’indifférence de Tomas. Lorsque leur admiration pour sa capacité à toujours pardonner devint du mépris pour sa faiblesse. Pourquoi n’était-il pas hors de lui? Pouvait-il vraiment pardonner à Ingela et Per? Et cette question aussi tabou qu’irrépressible: n’était-il pas un homme, un vrai? » (Pages 412-413).

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