Publié dans affaire non résolue, angoisse, éditions Hugo Thriller, fantômes du passé, manipulation psychologique, Passion thriller français

Passion thriller français: Synopsix, Angélina Delcroix.

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal » Hannah Arendt…Un roman diaboliquement orchestré par une romancière talentueuse…

L’auteur:

téléchargement (1)Angélina Delcroix est née à Luçon en 1978. Après avoir obtenu une licence de génétique, et fait des études en psychothérapie, Angélina Delcroix est psycho-praticienne en Vendée depuis 2017. Mariée et mère de deux enfants, elle consacre son temps libre à sa passion, l’écriture.

Le roman:

Synopsix a été publié par les éditions Hugo Thriller en 2022 dans la collection Hugo Poche. Le style de l’auteur présente différentes facettes attestant de sa richesse. Energique, parfois abrupt: « Vic. Leur soirée, courte et intense. Les clés empruntées sur le bar. La voiture utilisée à son insu. Pour aller où? Qu’a fait Mallory après être partieOIP de chez Vic? Le jeu. Il fallait donner le mot de passe. C’est ça! » (Page 93)…Et en même temps plus allusif, détourné, tels de nombreux passages: « Le jour est juste levé et il peine à trouver les failles dans le blanc cotonneux. Mallory tremble. Le froid a eu le temps de s’infiltrer à travers les cellules de son derme pour se répandre en profondeur… »Ses docs lui font rapidement comprendre qu’elles auraient volontiers cédé leur place à des après-skis. Le froid vient d’agripper violemment les orteils de Mallory et semble décidé à y rester cramponné. » (Pages 94-96). Parti-pris d’écriture qui peut dérouter certains lecteurs plus habitués à un style plus basique, mais vous vous laisserez vite emporter par le rythme soutenu.

Construction assez classique mais qui fonctionne parfaitement bien: avec un prologue dans lequel l’on découvre la scène de crime sans qu’aucun détail ne filtre =>Suspense, car il faudra attendre de lire les 126 chapitres découpés en quatre parties, dans lesquelles sont évoquées des affaires criminelles réelles non élucidées, pour avoir le mot de la fin…

Passages en italique: un inconnu s’adresse à Mallory dont il semble épier les moindres mouvements, ce qui met la jeune femme mal à l’aide…et le lecteur également. Certaines de ses actions sont racontées uniquement du point de vue de celui qui l’observe ce qui ajoute un élément original à la composition de Synopsix.

L’intrigue:

A 36 ans, Mallory végète dans une vie aussi étriquée que son studio minable: boulot de serveuse gangréné par les constantes prises de tête avec sa patronne; vie sentimentale proche du néant agrémentée par les parties de jambes en l’air avec Vic, son charmant voisin; compte en banque souvent proche de zéro. Bref, un quotidien morne et sans surprises.

Jusqu’au jour où elle reçoit un mail pour le moins inhabituel: on lui propose de participer à un jeu qui consiste à se glisser dans la peau d’un enquêteur de la police scientifique pendant un mois. A la clef, une récompense de 100 000 euros. De quoi résoudre tous ses problèmes. Si elle parvient à l’emporter sur les cinq autres candidats. Pour une telle somme, Mallory se sent prête à braver tout et n’importe qui.

Certes, les étapes de qualification ne sont guère compliquées, ni bien passionnantes. Malgré tout, la jeune femme se prend au jeu. C’est seulement une fois arrivée devant un imposant manoir perdu dans la montagne et enfoui sous la neige qu’elle commence à s’inquiéter. Mais il est trop tard pour reculer.

Jessie Maure, à quelques semaines de la sortie en librairie de son nouveau thriller, est persuadée qu’il manque quelque chose d’important à son manuscrit. Mais elle ne sait pas quoi. Sourde aux récriminations de son agent, elle s’enferme dans son bureau « et se poste devant le tableau affichant toutes ses recherches et ses photos. Tenant sa tasse chaude à deux mains devant son nez, elle semble chercher l’inspiration dans la fumée. Comme un enquêteur chercherait un indice caché, elle détaille chaque image, chaque note qu’elle a pu prendre pendant son année d’écriture ». Persuadée que le meilleur moyen de le savoir est de retourner dans le manoir qui lui a donné l’idée de son scénario…

Les lieux:

Le manoir: un décor lugubre, digne des films d’horreur les plus glauques, le genre d’endroit où l’on sent que tout peut arriver, où les pires cauchemars peuvent se matérialiser: « Elle traverse la brume et, au fur et à mesure, le bâtiment dévoile un peu plus ses attributs. L’endroit semble abandonné depuis longtemps. Pourtant, il s’impose à Mallory comme un roc indestructible. Ses fenêtres abîmées, ses pierres effritées et ses volets équilibristes lui donnent une puissance supplémentaire, un aplomb sans faille. » (Pages 97-98)…Néanmoins, le froid, la poussière envahissante, l’odeur de moisi prégnante, l’humidité qui ronge huisseries, meubles et tapis et le manque total de confort moderne ne vendent pas du rêve à la jeune femme quand elle réalise que, si elle veut gagner, elle va devoir y séjourner un mois…

En conclusion:

Nombreux sont les atouts de ce roman complexe, basé sur une intrigue à tiroirs propre à dérouter le lecteur: le récit des aventures de Mallory est-il réel ou est-il sorti de l’imagination de Jessie Maure? Est-on en train de lire des passages de son roman ou une histoire parallèle? Ou raconte-t-elle sa propre expérience quand elle écrivait son roman (passage où elle visite le manoir en souvenir en même temps que Mallory le découvre)? =>Incertitude fascinante, basée sur le processus de création de l’auteur, comme si l’on était sous l’influence d’une enchanteresse qui nous guide dans les méandres de son texte, comme dans la légende du joueur de flûte de Hamelin…
Le +: les six participants, chacun avec son lot de secrets et de zones sombres, sont tous adversaires. Un seul d’entre eux remportera la partie. A qui faire confiance? De qui doit-on se méfier? Ambiance délétère amplifiée par l’enquête criminelle incriminant Mallory et ses compagnons. Seront-ils inculpés ou lavés de tous soupçons? La seule solution pour le savoir: aller au bout des 649 pages que vous dévorerez sans jamais vous ennuyer tant la tension dramatique est grande…

Citations:

« Pourtant, en ce moment même, Jessie a beau forcer la sensation, le calme ne parvient pas à pénétrer dans ses veines. Et si elle décevait ses lecteurs? Elle a cette étrange sensation de vases communicants. Plus ses livres rencontrent le succès, plus elle doute de son écriture. L’attente des lecteurs provoque chez elle la peur de ne plus être à la hauteur. Comme un fantasme jamais assouvi aussi puissamment dans la réalité que dans l’imagination. » (Page 53).

« La solution de facilité serait de ne rien retoucher, de faire confiance à son équipe éditoriale et de laisser son livre prendre le chemin des librairies en fermant les yeux et en croisant les doigts. Elle n’a qu’à se dire que le prochain sera meilleur. Meilleur en quoi? Meilleur pour qui? Ses réflexions tournent au n’importe quoi. Elle n’est pas en train de fabriquer un produit qui pourra être considéré comme parfait si elle suit à la lettre le cahier des charges. Si elle perd le processus créatif au profit du résultat, elle peut tout de suite abandonner sa passion. » (Page 165).

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