Publié dans éditions J'ai Lu, cadavre, enquête criminelle, humour, Passion Cosy Mysteries

Passion Cosy Mysteries: Le Chat du Bibliothécaire: Succès Mortel, Miranda James.

Un bibliothécaire qui aspire à une vie tranquille avec ses livres et son maine coon nommé Diesel se retrouve bien malgré lui entraîné dans une sombre affaire de meurtre…Drôle et passionnant…

L’auteur:

Miranda James est le pseudonyme de Dean James, un Mississippien de septième génération récemment rentré chez lui après avoir vécu plus de trente ans au Texas. Fan de mystère depuis son enfance, il écrit son premier roman à l’âge de douze ans.

Actuellement bibliothécaire au Texas Medical Center à Houston, Dean a publié des articles sur des sujets de bibliothéconomie, d’histoire de la science/médecine et de romans policiers. Il vit avec deux jeunes chats, des milliers de livres et pense fréquemment à tuer des gens – mais seulement dans ses romans.

Le roman:

Succès Mortel, Murder Past Due pour la version originale parue en 2010, a été publié en 2021 par les éditions J’ai Lu, traduit par Guillaume Le Pennec. Le style est sobre et fluide, distillant sur un mode badin les détails utiles pour renseigner le lecteur sur les lieux, les personnages et les situations, comme dans une conversation banale: « Les maisons dans ma rue avaient toutes plus d’un siècle, la plupart étant occupées par les mêmes familles depuis des générations. L’architecture élégante, l’aménagement paysager à l’ancienne et l’impression d’habiter un quartier authentique m’avaient apporté un sentiment de sécurité bienvenu après la perte de ma femme. » (Page 13)… »Je balayai le courrier du regard jusqu’à trouver le nom que je cherchais. Je reposai la lettre et me dirigeai vers une étagère à gauche de la porte, en quête d’un vieux registre d’inscriptions susceptible de répondre à la question. J’espérais bien un  jour obtenir la subvention nécessaire à la numérisation des archives mais, en attendant, je devais travailler à l’ancienne. » (Page 20).

Construction: le narrateur raconte sa propre histoire à la première personne au passé. Le rythme est lent, détaillant les actions avec une minutie aiguillant parfois l’impatience du lecteur qui voudrait bien avancer plus vite dans l’intrigue: « Je posai le rôti sur le plan de travail et, une fois muni d’un couteau adapté, commençai à découper d’épaisses tranches. Azalea savait y faire en la matière, j’en avais déjà l’eau à la bouche. Justin alla piocher moutarde et mayonnaise dans le réfrigérateur, plus un bocal de cornichons vinaigrés faits maison. Il déposa le tout sur la table, ainsi que le pain et un grand sachet de chips. » (Page 42)

Fil rouge: comportement, interactions avec les humains et les attitudes du chat Diesel qui semble comprendre tout ce qui se passe autour de lui: « Je ne me rendis compte que j’avais parlé à haute voix qu’en sentant la patte de Diesel sur mon épaule. Comme je me tournai vers lui, il me dévisagea, la tête légèrement penchée sur le côté. C’était troublant de voir à quel point ce chat semblait ressentir les choses. » (Page 36).

L’intrigue:

Godfrey Priest, auteur à succès de romans policiers, natif d’Athéna dans le Mississippi, revient au pays afin de recevoir un prix et d’assister à un gala donné en son honneur. Il informe Charlie, le bibliothécaire archiviste de l’université, et accessoirement ancien camarade d’école, de son intention de léguer toutes ses archives et manuscrits à la bibliothèque de l’université.

Et de son désir de faire la connaissance de son fils Justin dont il n’a appris l’existence que quelques mois plus tôt. Mais Ezna, mari de Julia, la mère du garçon, qui a toujours qu’il était son père, ne l’entend pas de cette oreille. Charlie, conscient que le retour du célèbre écrivain est loin de faire l’unanimité et ravive de mauvais souvenirs, pressent que de désagréables événements pourraient bien se produire s’il prolongeait son séjour.

Godfrey est retrouvé dans sa suite le crâne défoncé. Qui l’a tué et pour quel motif? Julia parce que Godfrey voulait emmener leur fils en Californie? Justin qui s’est disputé avec lui juste avant le drame? Qui, parmi tous ceux qui le détestaient? C’est alors que Charlie entre en scène officieusement pour donner un coup de main au shérif par interim, la jeune Kanesha Berry, dont la couleur de peau pourrait bien compliquer la tache; car les vieilles représentations ont la vie dure dans le Mississippi…

Les personnages:

  • Charlie Harris: narrateur, veuf depuis trois ans, bibliothécaire, archiviste et documentaliste; logeur pour étudiants; tient à sa vie tranquille et sans surprise, bien ordonnée.
  • Justin: pensionnaire de Charlie, étudiant à l’université d’Athéna; fils unique.
  • Julia Wardlow: mère de Justin; amie de Charlie; ex-femme de Godfrey.
  • Diesel: Maine coon âgé de deux ans, chat de Charlie; très sociable bien que peu patient avec la bêtise des autres.
  • Azalea Berry: gouvernante de Charlie; mère de Kanesha.
  • Ezra Wardlow: père de Justin, mari de Julia; pasteur évangélique du genre conservateur; très mauvais caractère.
  • Jordan Thompson: propriétaire de la librairie indépendante locale.
  • Melba Gilley: amie de lycée de Charlie; assistante du directeur de la bibliothèque.
  • Peter Vanderkeller: directeur de la bibliothèque; totalement dépourvu d’humour.
  • Godfrey Priest: auteur à succès natif d’Athéna; père biologique de Justin; personnage pompeux, imbu de lui-même, ne se préoccupe pas des autres.
  • Kanesha Berry: shérif par intérim; fille de la gouvernante de Charlie.

Les lieux:

Athéna est une petite ville du Mississippi où la vie s’écoule tranquillement à l’ombre de son université et de ses arbres centenaires. Il fait bon y vivre, pour autant que l’on apprécie la routine, certes plaisante, mais la routine quand même. Miranda James apporte un soin tout particulier à transcrire cette atmosphère provinciale avec des décors avenants.

La pension: à la mort de sa tante survenue trois ans plus tôt, Charlie a hérité de sa maison, un havre de paix décoré avec goût, en particulier la cuisine que sa tante considérait comme le cœur du foyer: jaune pâle des murs, blanc du carrelage, bleu délicat des placards. Trop grande pour un homme vivant avec son chat, Charlie a décidé d’y accueillir des étudiants en pension.

La bibliothèque Hawkworth: composée de deux bâtiments, dont l’un était un ancien manoir d’inspiration grecque construit avant la guerre de Sécession qui abritait les bureaux administratifs, les archives et la collection de livres rares; quant au second, érigé dans les années 1920 et agrandi à de nombreuses reprises, occupant la moitié d’un pâté de maison situé dans la rue au nord du manoir, il portait le nom d’un célèbre président d’université.

La place de Diesel: pas question pour le Maine coon  de Charlie de se morfondre seul à la maison en l’absence de son maître! Ce qui signifie qu’il bénéficie d’un traitement de faveur, notamment une place attitrée dans le bureau de Charlie: un coussin posé sur le large bord de la fenêtre derrière son bureau.

En conclusion:

Un premier opus original et très agréable à lire. Une atmosphère cosy tout à fait délicieuse. Vous me direz que c’est un peu bizarre comme description d’un roman policier, et c’est pourtant l’exacte vérité. Ici, pas de meurtres sanglants, pas de cadavres en décomposition, pas de scènes de violence. Ce qui ne signifie pas que l’intrigue est trop mollassonne et sans intérêt. Il s’agit avant tout de passer un agréable moment de lecture tout en tentant de démasquer un meurtrier. Psychologie, sens de l’observation, déduction sont à l’honneur. Et, ce qui ne gâche rien, la touche d’humour et d’originalité avec la présence de Diesel, un chat pas comme les autres. Certes, vous ne ferez pas de cauchemars. Mais je vous garantis que vous en redemanderez.

Citations:

« Je faisais de mon mieux pour avoir l’air calme mais je bouillais intérieurement. Je ne suis généralement pas quelqu’un de violent -loin de là- mais la maltraitance infantile me met en rage. » (Page 44)

« La littérature contemporaine a de toute évidence été abâtardie jusqu’à la banalité absolue, affirma-t-il. Du mercantilisme crasse, naturellement. L’édition était autrefois une profession de gentlemen -des gens cultivés, sophistiqués, savants-, qui sélectionnaient les œuvres selon leurs mérites littéraires et leur capacité à éclairer ou transformer le lecteur. Et non parce qu’elles se vendraient par millions en répondant aux attentes du plus petit dénominateur commun, si tristement basique de nos jours qu’on en vient à craindre pour la survie intellectuelle de l’espèce. » (Page 288-289).

« Julia attira mon attention d’un discret coup de coude. Les sourcils froncés, elle me désigna Galsworthy d’un mouvement du menton. Je savais ce qu’elle voulait mais, à moins de lui plaquer une main sur la bouche et de l’enfermer dans un placard, je n’avais aucun idée de comment le faire taire. Nous aurions simplement pu lui tourner le dos et nous éloigner, mais des générations de grands-mères attachées à la légendaire politesse du Sud se seraient retournées dans leurs tombes. Telle était la malédiction de ceux qui avaient été éduqués dans le respect des bonnes manières et de leurs aînés, aussi insupportables soient-ils. » (Page 289).

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