Publié dans Angleterre, aventures, éditions City, crime, enquête criminelle, humour, littérature britannique, Passion Cosy Mysteries, place des femmes

Passion Cosy Mysteries: Meurtre à l’anglaise, Verity Bright.

Une lady bohême et aventurière + un majordome guindé et intelligent = duo d’enquêteurs de choc pour ce cosy mystery drôle et attachant…

L’auteur:

Verity Bright est le pseudonyme d’un couple qui écrit à quatre mains depuis une vingtaine d’années. La série Les Aventures de Lady Eleanor Swift, qui compte actuellement dix volumes dont deux traduits en français, a séduit des centaines de lecteurs.

Le roman:

Meurtre à l’Anglaise, premier tome de la série Les Aventures de Lady Eleanor Swift, A Very English Murder dans la version originale parue en 2020, a été publié le 13 avril 2022 par les éditions City. Le style est très agréable à lire, les nombreux dialogues entre Lady Swift et les différents protagonistes faisant progresser l’intrigue de manière cohérente et vivante: « Connaissez-vous son alibi pour la nuit en question? -Oui, il m’a dit qu’il était à un bal masqué et que ses amis pourraient le confirmer. -Nous n’aurons aucun mal à trouver le bal dont il s’agit et vérifier son alibi. -Parfait mais à vrai dire je ne vois pas quel pourrait être le mobile de Lancelot à moins qu’il ne trempe dans une affaire louche et que Mr Atkins l’ait découvert. » (Page 116)

Mais ce qui caractérise l’écriture des auteurs est le délicieux humour britannique distillé au fil des pages pour notre plus grand bonheur, notamment les « conversations » avec maître Gladstone, le chien débonnaire: « Il se trouve, Gladstone, que j’ai été témoin d’un meurtre, nous devons donc en aviser la police. Toi aussi, tu trempes dans cette affaire jusqu’au cou (Voyant que Gladstone n’était pas convaincu d’avoir joué le moindre rôle dans l’histoire, Eléanor se hâta de poursuivre) D’accord, je vais devoir me rendre au poste de police et je vais te dire ce que je pense des autorités. » (Page 24)…Et l’inexpérience d’Eléanor en tant que maîtresse de maison: « Elle ne savait pas comment procéder pour engager de nouvelles recrues. Quel désastre! Devait-elle prendre les choses en main et servir du thé sucré à ses domestiques pour calmer leurs nerfs? Pouvait-on servir du brandy à son personnel?  Elle secoua la tête. » (Page 53).

Fil rouge: allusions répétées à la mystérieuse disparition des parents d’Eléanor; récits de ses voyages avant de venir s’établir à Henley Hall.

L’intrigue:

1920. « Alors qu’elle a passé des années autour du monde à prendre le thé en Chine, à croiser des alligators au Pérou ou à échapper à des bandits en Perse, Eléanor Swift est obligée de rentrer en Angleterre. Son oncle vient de décéder en lui léguant un vieux manoir familial, avec son personnel attentionné et ses secrets. » Changement de vie radical pour cette jeune aventurière. Ne va-t-elle pas s’ennuyer à mourir dans la campagne tranquille anglaise?

Bien que lassée par cette vie sans attaches, la jeune femme n’est pas certaine que son retour inopiné soit une bonne idée. Comment pourrait-elle se sentir chez elle dans ce décor figé, pétri de convenances dont elle n’a aucune idée? Désireuse de mettre de l’ordre dans ses pensées et ses sentiments contradictoires vis-à-vis de Henley Hall, elle sort se balader. Surprise par un violent orage, elle s’approche d’une carrière afin de se réfugier dans une cabane de chantier dans laquelle un homme se fait assassiner sous ses yeux. Le temps d’arriver sur place, plus aucune trace du meurtrier…et de la victime!

Sur le chemin du retour, elle manque se faire renverser par une moto. Que peut bien faire cet individu par une telle nuit sur une route qui dessert uniquement la carrière et quelques fermes isolées? En l’absence de cadavre et de preuves matérielles, lady Swift décide de prendre les choses en main…Et découvre, à son grand désarroi, l’identité du mort. Mais comme la police croit à une mort accidentelle, Eléanor est la seule à pouvoir rétablir la vérité. Finalement, la campagne anglaise n’est pas si tranquille que ça!

Les personnages:

  • Eléanor Swift: jeune veuve de 29 ans, aventurière, esprit libre; déterminée, indépendante, un rien têtue, anticonformiste et intrépide; riche héritière qui parcourait le monde à la recherche de nouveaux itinéraires pour une agence de voyages.
  • Clifford: ancien officier d’ordonnance de l’oncle d’Eléanor qu’il adorait; secret, réservé et guindé. Savoir encyclopédique, logique implacable et sens de l’observation font de lui un excellent enquêteur.
  • Maître Gladstone: vieux bouledogue qui appartenait à l’oncle d’Eléanor; poussif et attachant; suit sa nouvelle maîtresse partout.
  • Mrs Butters: l’intendante de Henley Hall.
  • Spencer Atkins: ami de l’oncle d’Eléanor.
  • Lancelot Fenwick-Langham: jeune aviateur intrépide, voisin d’Ellie.
  • Cartwright Thomas: fermier antipathique, voisin d’Ellie.
  • Kingsley: maire de Chipstone.
  • Sergent Wilby: policier local.
  • Seldon: commissaire divisionnaire de la police judiciaire d’Oxford

=>Un duo d’enquêteurs tout à fait improbable mais qui fonctionne parfaitement entre la jeune femme moderne et délurée et le majordome guindé mais perspicace.

Les lieux:

Henley Hall:  imposante façade, porte en chêne à deux battants, entrée flanquée de deux tourelles séparées par trois rangées de fenêtres cintrées, les armoiries de la famille Henley sculptées sur la clé de voûte de l’arche centrale du bâtiment, 80 hectares de jardins à la française et de parc =>Le décor est posé dès les premières lignes avec la description soignée du manoir dont Eléanor a hérité, théâtre de sa future vie et de ses prochaines aventures, avant l’apparition des autres personnages, comme si le lieu revêtait une importance capitale.

Les environs du manoir: dix minutes à pied séparent la maison de la grille du domaine donnant, à gauche, la route menant au village, à droite une autre route serpentant  pendant deux-trois kilomètres jusqu’à une intersection.

Little Buckford: village près du domaine de Henley Hall => Blotti au milieu des champs et des bois, véritable village anglais de carte postale avec sa grande rue le traversant depuis l’église médiévale en silex, ses boutiques et sa salle de lecture, ses ruelles pavées et ses cottages au toit de chaume éparpillés entre les pommeraies et les potagers soignés. Comment imaginer qu’un tel décor puisse abriter crimes en tous genres? Mais comme le dit la célèbre Miss Marple: « La nature humaine est la même partout, mais dans un village on a l’occasion de l’observer de plus près. »

En conclusion:

Sous ses dehors légers de cosy mystery, Meurtre à l’Anglaise propose une véritable réflexion sur la place des femmes en 1920 avec son personnage de lady excentrique et anticonformiste: « Elle avait appris à ses dépens qu’explorer des montagnes et des déserts, que dormir sous les étoiles scintillantes allait souvent de pair avec la faim, l’épuisement, la maladie. (…)Elle ne prétendait pas être la première, elle ne faisait que suivre les traces de ses héroïnes, ces pionnières courageuses qui avaient osé défier les conventions et surmonter les obstacles pour se mesurer à leurs homologues masculins. Mais tout était plus difficile pour les femmes. » (Page 13).

Le +: immersion drôle et saugrenue d’une lady fantasque dans un village anglais régi par les convenances que les idées progressistes et la modernité n’ont pas atteint.

Un premier opus très plaisant, drôle, intelligent, bien construit qui vous offrira un passionnant moment de détente…Après avoir lu la dernière ligne, vous n’aurez qu’une envie: retrouver lady Eléanor au plus vite!

Citations:

« Vous préféreriez peut-être prendre le petit déjeuner à 11 heures? Ce qui repousserait toutefois la collation de 11 heures. Je pourrais demander à Mrs Trotman de vous servir le petit-déjeuner au moment du déjeuner, et le déjeuner au moment du dîner? Mais il faudrait alors vous réveiller à minuit pour vous servir le dîner. Eléanor le dévisagea, estomaquée. Etait-ce de l’humour? Du sarcasme? -Clifford, comment faisait mon oncle pour digérer les conseils que vous prodiguez inlassablement sur nos moindres faits et gestes du quotidien? -Il prenait du darjeeling avec du citron, madame. » (Page 28)

« Après tout, « la destruction se cache souvent dans les yeux des femmes » comme l’a noté Edward Counsel dans ses célèbres maximes. Et à l’époque où les femmes sont de plus en plus considérées comme les égales des hommes, il serait mal venu, puisqu’on leur a accordé le droit de vote, de leur refuser celui de tuer. » (Page 155).

« Que doit faire un homme pour avouer ses sentiments à une fille comme vous? Vous êtes une créature impossible. Une boîte de chocolats ou des fleurs, ça ne convient sûrement pas pour vous? -Vraiment?…-Je n’ai jamais rencontré une fille comme vous. Vous…vous êtes spéciale, dit-il en riant. Spéciale et irrésistible. Chaque fois que je vous vois, vous êtes couverte de boue, ou vous avez les cheveux plaqués sur le visage…ou vous poursuivez un assassin. » (Page 308).

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