Publié dans enquête criminelle, cadavre, ésotérisme, magie noire, éditions Hugo Thriller, Passion polar français

Passion polar français: Enfers, Ismaël Lemonnier.

Une plongée vertigineuse dans les ténèbres les plus profondes que l’âme humaine soit capable de produire. Ames sensibles s’abstenir!!

L’auteur:

D’origine bretonne, Ismael Lemonnier travaille aujourd’hui à Paris, dans le monde de la finance mais poursuivi par l’envie d’écrire et par le puits sans fond qu’est son imaginaire, l’auteur craint d’être fou, comme le pense son entourage.

Passionné depuis l’enfance par la lecture et par l’écriture, Ismaël Lemonnier a baigné très tôt dans l’univers de Stephen King, et dans la mythologie.

Ismaël Lemonnier se passionne pour le monde de la police judiciaire et tous ses rouages, l’Histoire et les faits divers. Tout ce qui l’entoure est source d’inspiration, qu’il combine à son imagination. Il est l’auteur du roman Le cinquième gardien, paru chez Marathon Editions.

Le roman:

OIPEnfers a été publié par les éditions Hugo Thriller en 2022. Le style est sobre, incisif: phrases courtes, vocabulaire simple: « Parfois, il discutait avec cette silhouette éthérée. Il lui racontait tout ce qu’il avait sur le cœur. Un frisson glacial parcourut son dos. Il se recroquevilla davantage sur lui-même, terrorisé. Il tenta de jeter un coup d’œil à son ami imaginaire mais ce dernier avait disparu. Il était à nouveau seul. Seul avec son désarroi. » (Page 5)…La langue d’Ismaël Lemonnier peut s’avérer riche quand c’est nécessaire: « Le groupe s’enfonçait silencieusement dans les sous-sols de Paris, dans la pénombre spongieuse des catacombes. il suivait de près le guide, un grand gaillard à la tignasse rousse et aux larges épaules. Un courant d’air frais soufflait lugubrement dans un long sifflement semblable à la voix d’une jeune enfant en détresse. Les chaussures crissaient sur le gravier du sol cahoteux, les bottes en caoutchouc claquaient contre les mollets, des gouttes d’eau tombaient ici et là dans la plus suave des sonorités. » (Page 7).

Fil rouge: obsession de Clément pour les chiffres (arithmomanie) et ses réflexions in petto.

L’intrigue:

Catacombes de Paris. Une banale visite se transforme en cauchemar. Un couple de touristes fait une macabre découverte: le cadavre d’un homme debout contre le mur, suspendu par deux énormes rivets plantés dans les clavicules. Sa tête avait été remplacée par celle d’un taureau, la langue pendante. La victime n’étant pas morte à l’endroit où on l’a trouvée signifie qu’elle a été tuée ailleurs et transportée dans les catacombes. L’homme, mort par noyade, a été décapité post mortem. La tête reste introuvable.

Le capitaine Kessel se demande pourquoi cette mise en scène? Pourquoi se donner autant de mal? Pourquoi une tête de taureau? A-t-elle une signification particulière? Le moins qu’on puisse dire est que le premier jour d’enquête de Clément Charrier, qui arrive du SRPJ de Rennes, commence mal. L’accueil glacial du capitaine, qui le tient à l’écart, ne fait qu’accroître le malaise du jeune homme qui ose à peine poser des questions et procéder à ses propres investigations. Pour quelle raison le capitaine se montre particulièrement agressif, brutal et irrespectueux avec lui?

Le même jour, la police découvre une seconde scène de crime dans la cave d’un immeuble: un homme et une femme enchaînés à une chaise, la femme égorgée, l’homme décapité et émasculé. Pourquoi un tel déferlement de violence? Haine? Vengeance? Rite satanique? L’œuvre d’un déséquilibré? Quelle est la signification des cercles rouges trouvés sur chaque scène de crime? Un rapport avec L’Enfer de Dante?

Les meurtres sanglants et sadiques continuent de se succéder à un rythme soutenu. L’absence de suspect, de liens entre les victimes et d’indices laisse l’équipe d’enquêteurs désemparés. Une plongée au cœur des ténèbres qui les mènera bien plus loin qu’ils ne l’avaient imaginé.

En conclusion:

Vous qui pénétrez dans l’univers d’Ismaël Lemonnier abandonnez tout espoir d’en sortir indemne. Une intrigue bien ficelée nous mène au plus profond de l’horreur jamais imaginée par un être humain. Aucun détail ne nous est épargné: « Il imagina cet homme et cette femme se débattant pour survivre, hurlant à l’aide à pleins poumons, s’arrachant la chair des poignets et des chevilles et suppliant leur bourreau de les laisser partir, de les épargner.

Bémol: la relation entre le capitaine Kessel et le lieutenant Charrier, qui oscille entre brutalité, irrespect et violence verbale, m’a beaucoup dérangée. On peut concevoir que, les premiers jours,  Lothar se soit montré méfiant et quelque peu agressif envers la nouvelle recrue. Mais que cet antagonisme devienne, au fur et à mesure des chapitres, méchanceté gratuite me semble bien peu professionnel. Je dirais même inacceptable. Au point de désavouer le personnage et son intolérance …et de plomber le plaisir de lecture.

Cela dit, Enfers reste un thriller intelligemment construit, perturbant à souhait, certainement l’un des meilleurs du genre parus ces dernières années.

Citations:

« Il remarqua que Lothar, quant à lui, ne laissait rien transparaître, pareil à un joueur de poker. Son visage demeurait de marbre. Soit il était immunisé et habitué à côtoyer la mort d’aussi près, soit il cachait très bien son jeu. La gorge serrée et la boule au ventre, Clément se rapprocha de la victime, prenant soin de ne gêner personne, et se positionna à côté du colosse. » (Page 21).

« Derrière lui, les klaxons incessants de la Nationale 7, saturée à cause d’interminables travaux, agressaient ses tympans. Le bruit, la pollution, les embouteillages, l’énervement, la tension omniprésente, l’irrespect, les insultes lancées par les vitres, l’insécurité, tel était le quotidien des Parisiens. Ils avaient déjà un pied en Enfer et ne s’en rendaient même pas compte.  » (Page 205).

3 commentaires sur « Passion polar français: Enfers, Ismaël Lemonnier. »

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