Publié dans éditions Hugo Thriller, cadavre, disparition d'adolescent, enquête criminelle, Investigations criminelles, Passion polar français

Passion polar français: La Caste des Ténèbres, Ludovic Lancien.

Une plume acérée, des thèmes graves, voire douloureux, des intrigues denses, bien ficelées: retrouvez Ludovic Lancien dans son nouveau roman qui ne vous décevra pas…

L’auteur:

Breton dans l’âme, Ludovic Lancien horticulteur de formation, est un amoureux de la terre et un grand amateur de littérature policière. A tel point que la lecture fait partie de ses activités quotidiennes. Il a même créé son propre blog. Passionné par l’histoire et les mythologies, il façonne ses récits en mêlant ces deux univers. Après avoir participé à divers concours de nouvelles, il remporte le prix Fyctia avec son premier roman Le Singe d’Harlow en 2019. Son second roman Les Oubliés de Dieu est paru en novembre 2020.

Le roman:

OIPLa Caste des Ténèbres a été publié par les éditions Hugo thriller en 2022. La plume de Ludovic Lancien est fine et énergique, ciselée grâce à son vocabulaire choisi: « Il s’était avancé vers elle d’une démarche fébrile, le front trempé de sueur, avec l’impression que son cœur allait exploser. Le sang avait pulsé dans ses veines enfumées, cogné contre ses tempes. Une peur incroyable teintée d’euphorie. Il ne se rappelait pas avoir déjà connu une telle sensation. Comme un saut dans le vide. » (Page 20)… »Jamais il n’aurait cru cela possible, mais il prit un réel plaisir à emprunter à nouveau le périphérique parisien. La cohorte de moteurs en ébullition aiguisait ses sens et électrifiait ses muscles fatigués. C’était comme si son organisme se réveillait après une très longue sieste. Blasco avait raison: il était temps pour lui de se remettre en selle. » (Page 67).

Thèmes: murderabilia (business autour des tueurs en série); racisme, groupuscules d’extrême-droite, vampires.

L’intrigue:

1995. Viresh est un Intouchable. Un être à peine humain dont l’existence sera un long purgatoire réservée à ceux qui sont nés du mauvais côté d’un système de caste archaïque et profondément inégalitaire. Révolté par cette injustice qu’il n’a pas choisie, le jeune garçon apprend à ses dépens ce qu’il en coûte de défier les dieux.

2019. Deux après avoir emménagé en Bretagne, Lucas Dorinel est rappelé dans la capitale pour reprendre du service à la Crim. A condition que l’affaire qui a causé son éloignement se soit tassée. Il n’en est pas très sûr mais il lui faut aller de l’avant.

A peine sorti de la gare, une femme se suicide sous ses yeux en se jetant sous un bus. Quelques heures plus tard, il est envoyé enquêter dans un appartement de banlieue aux volets toujours fermés, aux murs ornés de natures mortes macabres, dont l’unique éclairage provient d’une multitude de bougies. Il retrouve au fond d’une malle le corps d’un homme nu, aux membres disloqués, mutilés.

Que signifie le chiffre 38 tatoué sur son crâne? Un rapport avec ses incisives de vampire? Et son appartenance au cercle fermé des Rônin qui regroupe « des êtres dangereux qui ne s’encombrent d’aucune morale et qui se tiennent à l’écart des vampires traditionnels » jugés trop superficiels?

Pourquoi la victime, un certain Julien Baron, ne semble pas s’être défendu? Connaissait-il son agresseur? Lucas est certain que ce dernier n’a pas agi par hasard. Trop d’obstacles à prendre en compte pour un crime non prémédité. Que signifie la disparition inexpliquée de Laure Baron, fille de Julien, une semaine avant le meurtre de son père? Aurait-elle un rapport avec la mort d’Eloïse Marval, mère de Laure, en 1998?

Une affaire qui semble bien plus compliquée qu’au premier abord. Malgré cette immersion brutale dans l’univers du crime, Lucas se demande s’il aura la force d’affronter les spectres de son passé. Celui d’Alice à laquelle il ne cesse de penser…

Les personnages:

Ludovic Lancien brosse le portrait de personnages écorchés par la vie, tous en proie à une situation complexe, qui leur demande de faire des sacrifices, des choix, quelles sont les priorités qui priment pour eux: le travail, la famille, leur épanouissement personnel… L’enquête leur permet de démonter de quoi ils sont capables, ce qu’ils ont dans le ventre. Il donne vie à une galerie de personnages complexes dans leur humanité, des hommes et des femmes qui nous ressemblent par bien des aspects, que l’on peut apprécier, détester, admirer, plaindre aussi, mais qui ne laissent pas indifférent. Ce ne sont pas des archétypes mais des gens qui, un jour, ont vu leur vie déraper, prendre un virage tragique. L’équipe d’enquêteurs n’est pas plus épargnée. Tout l’intérêt du roman est de montrer que mener des enquêtes criminelles laisse des traces, ce n’est jamais anodin. Chaque fois ils y laissent une part d’eux-mêmes; heureusement que l’esprit d’équipe est là pour les raccrocher quand ils sentent que les choses leur échappent.

  • Lucas Dorinel: lieutenant de police qui a passé deux mois à Brest suite à une sanction disciplinaire; penchant pour la violence et les méthodes « musclées »; adepte des arts martiaux afin de canaliser sa colère; grossier et provocateur.
  • Gabriel Darui: ancien collègue de Lucas à la crim, veuf depuis peu.
  • Eric Blasco: commandant de police surnommé le Bélier -ce qui veut tout dire; physique trapu, méthodes rudes; aime le contact avec les suspects.
  • Olivier Pantin: directeur central de la PJ; regard noir et profond; adepte d’une discipline de fer, incarne l’ancienne génération.
  • Noémie Egawa: membre du groupe d’enquêteurs.
  • Lieutenant Perrin: membre du groupe d’enquêteurs; physique de gravure de mode.
  • Joachim Corbin: ami et disciple de Julien Baron, la victime.
  • Laure Baron: fille de la victime.
  • Philippe Marval: oncle maternel de Laure.
  • Victor Castellini: skinhead sataniste, remarquablement intelligent, cultivé.
  • Communautés de strigoi vii, vampires vivants en roumain; des milliers de membres de par le monde; évitent d’attirer l’attention sur eux.

En conclusion:

Dès les premières lignes de La Caste des Ténèbres, la magie opère: des personnages bien campés, des descriptions de lieux précises sans être alourdies par des détails inutiles, un style fluide qui nous entraîne dans le dédale des mots et des phrases bien construites, déroulant l’intrigue à un rythme soutenu qui nous tient en haleine jusqu’au bout grâce à des chapitres courts qui s’enchaînent selon une cadence toujours plus rapide.

Avec les aspects barbares et parfois répugnants, il faut le dire, de certaines scènes, Ludovic Lancien dévoile les zones d’ombre de l’homme: la rancœur, la tristesse, le remords, la haine, la violence; mais il montre également que l’être humain est capable d’empathie et de tendresse. Avec ce troisième opus, Ludovic Lancien prouve qu’il fait incontestablement partie des meilleurs auteurs de polars français.

Citations:

« Et l’Institut médico-légal du quai de la Râpée était loin d’être avare en la matière. Avec ses deux mille autopsies annuelles, le bâtiment accueillait tout ce que la capitale comptait de morts violentes ou suspectes. Un défilé de noirceur pour une expérience unique, dérangeante. Les investigations amenaient fatalement à côtoyer ces spécialistes de la mort. Ils entraînaient les policiers avec eux jusqu’aux abîmes glacials du comportement humain, décortiquant les petits secrets des cadavres anonymes. » (Page 67)

« Pour son professeur de fac, chaque être humain faisait partie intégrante d’une sous-culture. Qu’elle soit musicale, cinématographique, sportive, voire sexuelle, nous aspirions tous à développer un sentiment d’appartenance. Il estimait que l’homme possédait deux identités distinctes: la première, due au lien familial, était innée. Une filiation immuable et définitive, gravée dans notre ADN. Venait la seconde identité ou l’empreinte de l’âme. Plus ou moins marquée, celle-ci variait en fonction des croyances et des sensibilités, si bien que les subcultures étaient en évolution permanente. Ce besoin d’adhérer à un clan devenait si prégnant pour certains que le rejet de la norme était synonyme de liberté. » (Page 89).

« Nous vivons dans un monde où nos gouvernements affirment que la question du climat est une menace existentielle tout en consacrant des subventions massives aux industries de combustions fossiles. Il ne nous reste qu’une poignée d’années avant que la forêt amazonienne et la grande calotte glaciaire ne franchissent des points de basculement irréversibles. Notre trajectoire n’a jamais été aussi claire, pourtant notre incroyable et pathétique dépendance à ces destructeurs du vivant nous pousse au déni, à ne rien changer pour garder l’illusion d’un confort si fragile et éphémère. » (Page 311).

« Parce que l’Inde est une immense fracture qui ne parvient pas à se ressouder. Le système des castes, fondement même de l’hindouisme, crée aujourd’hui toujours plus de dissensions entre les peuples, de violences guidées par les préceptes d’une religion inéquitable. Et comme la révolte des pauvres attise la haine des élites, des milices privées composées de propriétaires terriens ont commencé à se répandre afin de museler les Dalits, les Intouchables. » (Page 377).

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