Publié dans éditions Pascal Galodé, épidémie de grippe, Frédéric Paulin, Passion polar, police, Rennes, trafic de drogue

Passion polar: Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures, Frédéric Paulin.

Une langue qui n’est pas de bois, des dialogues « bruts de décoffrage », un scénario-catastrophe pour ce polar musclé. Une fois que vous l’aurez lu en quelques heures, vous vous sentirez curieusement ragaillardi…

L’auteur:

frédéric paulinFrédéric Paulin, né en 1972, a exercé plusieurs métiers, notamment forain et professeur d’histoire-géo, avant de se consacrer à l’écriture. Il est un grand raconteur d’histoires et un dialoguiste incisif, au style audiardesque, mais aussi un journaliste indépendant, fondateur du journal satirique rennais Le Clébard à sa mémère. Il a publié aux éditions des Perséides, en 2009, « La Grande Déglingue », un premier roman tonitruant et mélancolique sur la boucherie qu’a été la Première Guerre mondiale. Depuis de nombreuses années, il vit à Rennes, ville dont il aime les bistrots, les forêts et la proximité avec Saint-Malo et ses bords de mer.

Le roman:

Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures a été publié par les éditions Pascal Galodé en 2011. Le ton est vif, un tantinet sarcastique, tout à fait en adéquation avec le boulot de Gascogne et le contexte: « …lui aussi resterait fidèle à ses idéaux malgré toute la merde

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Editions Pascal Galodé

qu’on lui demandait d’éponger chaque nuit. » (Page 16). Le style, tout aussi vif, acéré comme un scalpel avec lequel on tranche dans le vif, rentre-dedans quand il s’agit de fustiger les autorités défaillantes et de montrer du doigt les complaisances et les déficiences de ceux qui nous gouvernent, constitue un des atouts de ce roman.

Les thèmes: l’absurdité de l’organisation policière: « Cette putain de politique du chiffre le rendait amer. Il savait bien que la plupart des rapports remplis par ses collègues concernaient désormais des affaires qui paraissaient, au mieux, ridicules, au pire sordides…Ça lui faisait mal à la gueule de ne pas pouvoir faire son boulot parce que ces compromissions étaient devenues monnaie courante. » (Page 56)…Le trafic de drogue dans les cités, l’ambiance sociale: « quelques temps auparavant de tragiques événements avaient secoué la ZUP sud: un jeune juif s’était fait lyncher par une bande du coin et des affrontements entre communautés avaient eu lieu. » (Page 36). Épidémie de grippe A.

L’intrigue:

Rennes. Dernier week-end avant la grande peur. Alors que Gascogne et son équipe procèdent à l’arrestation musclée de deux loubards, les pompiers sont appelés pour une dame âgée, apparemment victime de la grippe A. Introduction qui présente le quotidien d’une grande ville avec ses beuveries, ses bagarres et ses arnaques, ainsi que le contexte de peur panique qui ne tarde pas à s’emparer de la cité rennaise.rennes.jpg

Le lieutenant Mordefroid veut se racheter une crédibilité en coinçant un gros dealer grâce à son indic, lui aussi dealer. Mais trois jeunes des cités se sont mis en tête de s’agrandir en s’appropriant ses zones de deale.
C’est alors que se déclare l’épidémie de grippe A la plus offensive et meurtrière du siècle, semant la panique dans tout le pays: « Le gouvernement avait décidé de fermer les écoles et les collèges de la région parisienne…Des milliers de cas de grippe A avaient été découverts  et les autorités publiques commençaient à paniquer sévèrement car, Dubrinfaux le pressentait, aucune mesure de prophylaxie d’envergure nationale n’avait été clairement définie. Quant aux vaccins, ils ne seraient pas livrés avant trois ou quatre semaines. » (Page 77). Et bientôt, c’est l’état de siège: « Les rues étaient donc vides et les quelques bus qui circulaient (…)transportaient quelques passagers qu’on sentait fatalistes. Quelques passants s’agitaient sur les trottoirs et lançaient des œillades effrayées aux ambulances qui traversaient la ville. » (Page 129)

Les personnages:

L’humour décapant de l’auteur se manifeste jusque dans les noms de ses personnages…Enfin, certains !!

  • Paul Gascogne: lieutenant de police, divorcé, deux fils; bon flic qui connaît son métier, mais un peu impulsif parfois.
  • Commissaire divisionnaire Valmont.
  • Newel Osterberg: équipier de Gascogne, entré à la BAC en même temps que lui; surnommé Panzer, ce qui veut tout dire…Ancien rugbyman
  • Pablo Ruiz: brigadier de l’équipe de Gascogne.
  • Pierre Mordefroid: lieutenant de police aux Stups; diplômé en droit; plutôt bel homme.
  • Elvis Dubrinfaux: médecin fataliste et déprimé.
  • Yann Blizic: indic de Mordefroid et dealer.
  • Georges Filhiol: adjoint de Mordefroid, à quelques mois de la retraite.
  • Ronald, Zinedine et Farid: trois petits dealers de la ZUP sud.

Les lieux:

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Rennes Zup Sud

Cela procure une drôle d’impression que de lire un polar dont l’histoire se déroule dans une ville que l’on connaît bien. Au fil des investigations de Gascogne et son équipe, le lecteur découvre de petits morceaux de la cité bretonne, ici une rue, là une arcade, plus loin une place, une magasin, le parvis d’un restaurant.

L’ambiance en ville est plutôt maussade: « Deux unités patrouillaient dans la ZUP Sud et entre Maurepas et Villejean mais on savait que les problèmes venaient principalement des rues du centre ville, les étudiants étant des proies faciles pour qui voulait racketter ou dépouiller sans trop de risques… » (Page 13)…Une fois l’épidémie déclarée, la capitale bretonne revêt un tout autre aspect: « Rue Jules Simon, sur le parvis des restaurants, toutes les devantures étaient closes. Malgré le temps ensoleillé de ce début d’automne, aucun client ne mangeait en terrasse…Les deux flics continuèrent leur périple silencieux, s’étonnant tout de même, à chaque coin de rue, du désert qu’était devenue leur ville. » (Page 158).

En conclusion:dinosaures

Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures montre le métier de flic y sous un jour peu reluisant mais réaliste, exercé par des hommes qui, au contact de la « merde » véhiculée dans les rues des cités, perdent leur illusions et deviennent des traqueurs au service d’un gouvernement peu au fait des réalités de terrain et du combat mené au quotidien pour nettoyer « les écuries d’Augias ».

Des dialogues « bruts de décoffrage » et souvent drôles, restituant le langage des jeunes des cités dans un souci d’authenticité; un humour décapant, une intrigue dense et bien ficelée, des personnages pris dans l’étau de la société moderne engluée dans la corruption, la poursuite de l’argent facile, la lutte pour le pouvoir. Un polar dont le but est de donner un bon coup de pied dans la fourmilière, même s’il est certain que d’autres coups seront nécessaires.

Citations:

« Un contrat d’un milliard d’euros qui devait permettre la vaccination d’un tiers de la population. Mais puisque les actionnaires devaient être rémunérés toujours plus, les négociations entre les représentants du ministère de la Santé et la direction des grands groupes industriels avaient traîné en longueur. Les vaccins n’étaient attendus qu’en fin d’année, au mieux dans le courant de l’automne, au pire en hiver. » (Pages 10-11).

« Gascogne surprit le léger sourire de Ruiz, le sourire de celui qui reconnaissait que l’ennemi n’était peut-être pas le plus fort mais qu’à coup sûr, il était bien le plus malin. Et que les pouvoirs publics n’étaient pas au bout de leurs peines. » (Page 34).

« Et sous le choc, même les caïmans les plus blasés qui grenouillaient dans les allées des facultés de médecine, entre petits fours, toasts au champagne et caméras de télévision, décidèrent de reprendre du service actif. L’enjeu tait à la taille de leur réputation: ils allaient terrasser ce virus et ainsi sauver l’humanité du danger qui la guettait. » (Page 91).

« Ce que n’avaient pu déclencher la chute vertigineuse des principales places boursières, l’impossibilité de plusieurs pays européens à désormais rembourser leur dette extérieure, et la hausse frénétique du taux de chômage qu’on ne parvenait même plus à masquer derrière des statistiques bidonnées, un virus était en passe de le faire: le peuple commençait à se demander si on ne l’avait pas trop longtemps pris pour un con. » (Pages 129-130).

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2 commentaires sur « Passion polar: Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures, Frédéric Paulin. »

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