Publié dans éditions Critic, Christophe Sémont, corruption, Passion polar, trafic de drogue

Passion polar: Une danse avec le diable, Christophe Sémont.

Un roman sombre, une vision de l’humanité particulièrement pessimiste, écrit non avec une plume mais avec le scalpel le plus acéré…

L’auteur:

Christophe Sémont est né dans l’Allier en novembre 1973 d’un père bourbonnais et d’une mère bretonne. Après des études à Clermont, il s’installe dans l’Ouest où il travaille dans une agence média comme directeur du marketing.téléchargement (1).jpeg

Christophe Sémont a longtemps sillonné les routes de notre planète sac au dos, avec une prédilection pour l’Amérique du sud, avant de se poser afin de fonder une famille. De ses pérégrinations personnelles, il a tiré un goût prononcé pour les histoires de toutes sortes, qu’elles soient orales ou écrites, réelles ou fantaisistes. Malgré une vie bien remplie, il continue de voyager. Il travaille actuellement à la rédaction de son 4e roman.

Le roman:éditions critic

Une danse avec le diable a été publié par les éditions Critic en 2016. Le style simple de Christophe Sémont est redoutablement efficace: les phrases sont bien construites, avec juste ce qu’il faut de mots: « Il encaissa le premier coup de pied en grognant de douleur sans baisser sa garde. Le garçon en décocha un autre, puis un autre. Petchaï le laissa s’épuiser. Il encaissa, encore et encore, jusqu’à ce qu’il sente ses frappes devenir moins puissantes. Alors, il passa à l’offensive. » (Page 25)…dans des chapitres courts, sans bla-bla inutiles, des formules percutantes qui illustrent parfaitement le contexte de l’intrigue: « La ville les happait, dévorait leur jeunesse et ne recrachait que quelques os desséchés. » (Page 101)

Les thèmes:

Corruption des policiers: »C’est un officier réputé pour son efficacité sur le terrain. Il estmoney-3496723__340 proche de ses hommes, notamment du sergent Chaiyon avec qui il a braqué notre marchandise. Il semble avoir la main sur quelques restaurants, des joueurs et des dealers qu’il rackette en échange de sa protection. Plus quelques détournements occasionnels, de petites saisies de drogue ou d’armes. » (Page 123).

drugs-908533__340Trafic de drogue: établi depuis des dizaines d’années, Thaïlandais, Chinois, toutes sortes de marchandises: opium, amphétamine, héroïne, cocaïne =>Des réseaux solidement implantés sur la capitale et dans quelques provinces.

Prostitution: « …c’était celle de la plupart des prostituées à Bangkok. Des filles de la campagne qui venaient en ville avec l’espoir de décrocher un emploi stable et de gagner suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille restée au village. Il ne leur fallait généralement que quelques semaines pour découvrir l’envers du décor et il était déjà trop tard. »(Pages 100-101).

L’intrigue:

Une livraison de drogue entre Laotiens et Thaïlandais qui tourne au carnage. Petchaï, ancien boxeur reconverti en proxénète, doit régler les dettes de jeu de son père au clan Sukapatana. 50 kilos d’héroïne très pure circulent, impliquant les Laotiens, les flics corrompus et le clan de Dao: « 50 kilos de China White coupés et reconditionnés, un millier de petits sachets allaient perturber le marché pendant quelques jours, voire plusieurs semaines. Il faudrait s’attendre à des représailles, mais Dao Sukapatana savait ce qu’elle faisait. » (Page 54) =>Guerre des gangs violente et impitoyable.

Dans le même temps, deux prostituées appartenant au même réseau sont assassinées. Hasard? Tueur en série? Règlement de compte? Après l’agression de sa jeune sœur aveugle, le capitaine de police Prachya devient une véritable bombe à retardement, aveuglé par la haine, cherchant à venger la jeune femme.

Christophe Sémont utilise ses connaissances du contexte géographique, social et historique pour asseoir solidement son intrigue: « Li n’envisageait pas la possibilité d’une agression aussi frontale. La police et l’armée représentaient en Thaïlande deux institutions auxquelles on ne s’attaquait jamais, à aucun prix. Cependant, la position de Dao Sukapatana s’affirmait de minute en minute. Elle ne lâcherait rien. Jusqu’où était-elle prête à aller? » (Page 120).

Les personnages:demon-161049__340

  • Petchaï Nakprasitre: ancien boxeur reconverti en proxénète; propriétaire du Snakes and Dragons; environ 40 ans.
  • Mai Lek: prostituée travaillant au Snakes and Dragons; mère de Chintara; longs cheveux noirs, yeux marron.
  • Chintara: fille de Mai Lek.
  • Prachya Srimonju: capitaine de police; célibataire, vit avec sa sœur; 56 ans; inspire respect et crainte.
  • Piak Chaiyon: sergent de police, bras droit de Prachya depuis 15 ans; toujours des lunettes de soleil aux verres teintés; marié, deux enfants, une maîtresse.
  • Pumwaree Srimonju: jeune sœur de Prachya; aveugle suite à un accident survenu lorsqu’elle avait dix ans.
  • Dao Sukapatana: chef du clan éponyme; cheveux noirs coiffés en chignon strict, visage dur; fille du mafieux Nattawat Sukapatana auquel elle a succédé.
  • Khim Pao: bras droit de Dao; ambitieux, sans scrupules.

Les lieux:

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Bangkok

Le personnage principal de ce roman est sans conteste la ville de Bangkok elle-même qui nous montre, au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, ses multiples visages, les plus laids comme les plus poétiques, que nous parcourons sur les traces des antagonistes.

Patpong est l’un des pires quartiers, supermarché du sexe à ciel ouvert, étalage de tout ce qu’on peut acheter et consommer sur place: hommes, femmes, enfants, travestis se croisent dans les gogo bars, saunas, salons de massage, bars à karaoké ou les ab ob nuat.

Bangkok est une ville surprenante, aux secrets multiples, tentaculaire, dépravée et magnifique; une véritable boîte de Pandore, puits de luxure, zone franche « où l’on pouvait assouvir à peu près tous ses fantasmes, servis sur un plateau d’argent avec des kilos de drogue et d’alcool en prime. N’importe quelle pute gagnait trois à quatre fois plus que le moindre fonctionnaire de police. »

Mais Bangkok offre également « une vue imprenable sur le Chao Praya qui serpentait à travers la ville. La résidence se situait à l’ouest du fleuve, sur la rive Thonburi, du nom de la première capitale du pays et de la partie la plus ancienne de la cité. Le quartier semblait appartenir à une autre époque. Loin des principaux temples pris d’assaut par les touristes et des quartiers d’affaires continuellement engorgés par un flot ininterrompu de voitures, Fang Thon abritait quelques-uns des plus luxueux hôtels privés… » (Page 53).

En conclusion:

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Bangkok

Une véritable ambiance de films noirs avec les triades chinoises, les luttes entre les différents clans de mafieux qui se partagent la ville, des décors à faire froid dans le dos où l’on sent le pouls de la ville battre au rythme des règlements de compte, des passages à tabac, des rêves brisés et des rancœurs…

Le +:une évocation très réaliste de la vie souterraine et interlope de Bangkok jusque dans le vocabulaire et les coutumes. Remarquable reconstitution des milieux de la drogue et de la prostitution, comme si on y était. Des scènes de combat et d’action précises et crédibles, des dialogues  bien construits, des ripoux vraiment ripoux participent à l’attrait puissant de ce roman qui vous invite dans Une danse avec le diable particulièrement angoissante mais tellement captivante.

Citations:

« Tu débarques ici avec tes principes et ta morale immaculée mais, crois moi, ça ne va pas durer. La réalité de la rue va te rattraper et te forcer à la regarder dans le blanc des yeux. Et tu risques de ne pas aimer ce que tu vas y voir. » (Page 37)

« Patpong concentrait tout ce que cette ville pouvait offrir en échange de quelques billets. Du sexe, de l’alcool, de la drogue. De la solitude aussi. Mais de l’amour, Petchaï n’en avait pas vu la moindre trace ici. La rue se résumait à un condensé de lumières, de bruits et d’odeurs. Un remugle de tabacs et d’ordures, de relents de bière et d’eaux de toilette bon marché. Sous ses atours exubérants et ses sourires forcés, ce quartier exhalait une tristesse infinie. » (Page 176).

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3 commentaires sur « Passion polar: Une danse avec le diable, Christophe Sémont. »

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