Publié dans fantômes du passé, films noirs, harcèlement, Passion thriller, peur, psychologie des personnages, quête du passé

Passion thriller: Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur, Thomas H. Cook.

Un des meilleurs romanciers américains de thrillers, Thomas H. Cook décortique la psychologie des personnages avec tellement de finesse et de talent que vous serez forcément séduits…

L’auteur:

Thomas H. CookThomas H. Cook est un écrivain américain de romans policiers né à Fort Payne, Alabama, le 19 septembre 1947. Il a enseigné l’anglais et l’histoire avant de se consacrer totalement à l’écriture de romans policiers dans lesquels il attache une importance particulière à l’analyse psychologique de ses personnages. Les intrigues sont principalement basées sur les secrets de famille, la culpabilité et la rédemption. Figure incontournable du roman noir américain, Thomas H. Cook bénéficie de la reconnaissance de la critique et de ses pairs, notamment Harlan Coben qui dit de lui qu’il « est un de ses auteurs préférés depuis longtemps »  Biographie

Le roman:

Sur les hauteurs du mont Crève-coeur, Breakheart Hill en version originale parue en 1995,

éditions du seuil
Editions du Seuil

traduction réalisée par Philippe Loubat-Delranc, a été publié en 2016 par les éditions du Seuil en 2016. Il est écrit à la première personne, le narrateur opérant de constants allers-retours entre passé et présent.

Ce roman particulièrement sombre aborde les thèmes des regrets, des occasions perdues, des vies gâchées, mais également de la violence et de la cruauté. Aucune échappatoire: l’être humain est le jouet du destin; rien ne sert de se débattre dans sa toile, ce qui justifie le ton nostalgique: « Ce fut autre chose qui se passa. Une chose qui ne cesse de s’immiscer dans ma conscience, de se glisser dans mon esprit par ici ou par là, ramenant le passé dans une actualité atroce, comme si tout était arrivé l veille et que je sois encore sous le choc. » (Page 18)…Voire désabusé, presque amer: « La vie triche au jeu, il ne faut jamais l’oublier, elle ramasse de nombreux plis (…) je suis frappé de voir avec quelle facilité elle peut abattre un atout. Kelli aussi serait peut-être tombée dans un de ces nombreux pièges qui nous égarent, brisant nos rêves de jeunesse, transformant des débuts passionnés en fins médiocres. Au fil du temps, elle se serait peut-être révélée aussi peu douée que la majorité d’entre nous pour improviser une échappatoire aux traquenards que nous tend le destin. » (Page 94).

Construction: le roman fait le récit d’une journée d’été, plus de trente ans plus tôt, en 1961, à travers le prime des souvenirs de deux protagonistes de l’époque, Ben et Luke. Comme des poupées russes, le passé et le présent s’emboîtent l’un dans l’autre à différents niveaux: le passé lointain surgissant dans un passé proche, comme lorsque Ben évoque les obsèques de la mère de Kelli, survenues quelques jours plus tôt, les replongeant en 1961.

passé
Passé

Il arrive également que Ben décrive les événements dans un flash-back direct aussi précis que si la scène se déroulait à l’instant même sous ses yeux: « Mais cet après-midi là, Lyle Gates, assis, très calme, parmi les autres ouvriers de la voirie, parlant bas et buvant à petites gorgées dans le gobelet en matière plastique qu’il tenait entre ses mains, n’avait rien d’une brute. Un paquet de Chesterfield était coincé dans une manche de sa chemise, sa casquette de base-ball rouge inclinée vers la droite lui donnait un petit air coquin et, à voir son aisance et sa décontraction, il eût été difficile d’imaginer qu’une part sombre se tapissait en lui, une histoire personnelle qui l’avait vidé jusqu’à l’os. » (Page 41)…

…Ou dans des irruptions du passé dans l’aujourd’hui: « J’entendis à nouveau la voix tonitruante du procureur Bailey quand il avait brandi la dernière photographie sous les yeux des jurés. » (Page 13). =>Thomas H. Cook excelle dans ce délicat exercice qui consiste à évoquer un drame du passé à partir de présents successifs, hantés par des images venues de cet ancien temps qui refuse de mourir: « Et voilà que sur cette remarque anodine, passé et présent se télescopent, je respire à nouveau le parfum des violettes, je sens la chaleur poisseuse de cet été révolu, j’éprouve le désir brûlant qui m’avait alors saisi si puissamment. » (Page 60)

Fil rouge: tel un refrain entêtant, les questions sans réponse hantent les jours présents dequestion-mark-2110767__340 Ben et Luke: Pourquoi Kelli est-elle allée seule sur le mont Crève-Coeur ce fameux jour d’été? Qu’allait-elle y faire? Qu s’est-il réellement passé? A l’instar de Luke, nous nous posons les mêmes questions et traquons les moindres bribes de réponses à travers les souvenirs de Ben, procédé qui nous entraîne dans un suspense haletant. Saurons-nous jamais la vérité?

L’intrigue:

Luke Duchamp, ami de Ben, s’interroge toujours concernant les événements survenus trente années plus tôt: Kelli, jeune étudiante venue de Baltimore, est retrouvée morte sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, appelé ainsi pour avoir été le théâtre d’une course de Noirs avant les enchères du marché aux esclaves. Luke, qui a découvert le corps, reste obsédé par cette image ancrée à jamais dans sa mémoire: « …gisant dans la forêt face contre terre, ses longs cheveux bouclés étalés autour de sa tête, un bras étendu au-dessus d’elle vers le haut de la pente. » (Page 13)

Il est convaincu que, malgré ses dénégations, son ami en sait bien plus qu’il ne l’avoue sur cette sombre affaire qui n’a jamais été élucidée.

Régulièrement, lors de leurs entrevues, il lui repose les questions qui le taraudent, ne parvenant pas à s’expliquer le déroulement des événements de ce fameux jour d’été: « -Pourquoi Kelli ne t’a-t-elle pas téléphoné ce jour-là, Ben? -Me téléphoner? Quand? -L’après-midi où elle a voulu qu’on la conduise sur le mont Crève-Coeur. Tu l’emmenais partout en voiture, non? -Oui, c’est vrai. -Alors pourquoi ne t’a-t-elle pas appelé ce jour-là? » (Page 106)

Ainsi, l’histoire de Kelli Troy et de son meurtre sont reconstitués au fil des souvenirs de Ben, des questions de Luke dans un kaléidoscope aux mille couleurs, le passé enroulant ses tentacules autour du présent telle une bête malfaisante.

Les personnages:

destin
Destin

Personnages d’aujourd’hui, personnages d’hier se croisent et se recroisent en une funeste sarabande.

  • Ben Wade: narrateur; médecin; petit, pas sportif pour un sou, renfermé et plutôt méfiant; cheveux bruns, porte des lunettes.
  • Luke Duchamp: ami de lycée de Ben; grand, bien bâti, de nature extravertie et expansive; yeux d’un bleu profond, beau visage.
  • Noreen Donovan: épouse de Ben.
  • Betty Ann: épouse de Luke.
  • Sheila Cameron: amie de Kelli au lycée.
  • Shérif Stone: chargé de l’enquête sur le meurtre de Kelli.
  • Mary Diehl: lycéenne.
  • Kelli Troy: même âge que Ben en 1961; yeux noirs, très jolie fille; très renfermée.
  • Lyle Gates: ancien lycéen; ouvrier de la route; petit voyou local.

Les lieux:

L’histoire se déroule à Choctaw, petite ville de l’Alabama, décrite telle qu’elle était en ces

petite ville alabama
Petite ville Alabama

jours de 1961: « A l’époque, c’était une jolie ville qui faisait la part belle aux demeures e brique (…)certains de ses bâtiments, comme l’Opéra et la vieille gare, dataient d’avant la guerre de Sécession. C’était une localité de petits commerces…et, le samedi, la grand-rue grouillait de monde, les habitants des montagnes environnantes descendant en ville, comme chaque semaine, pour s’acquitter du montant de leur prêt agricole auprès de la banque locale et faire leurs courses. » (Page 40) =>Tout paraît figé, immuable, comme un décor de théâtre.

En conclusion:

thriller
Thriller

Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur, thriller psychologique  pessimiste mais éblouissant de maîtrise dans l’évocation d’un thème cher à Thomas H. Cook, à savoir le passé est-il l’âge d’or que nous voulons croire, est à mon sens un des meilleurs romans de l’auteur.  Kelli, jeune fille très belle venue de la grande ville de Baltimore, a-t-elle été tuée par amour et/ou jalousie, ou parce qu’elle soutenait ouvertement la cause des Noirs, position très mal vue dans le sud des Etats-Unis des années 60, dont l’auteur brosse un tableau vivant et sans concession? Faisant le constat que le présent, qui semble toujours moins bien que le passé auréolé de fausse gloire, n’en est en réalité que la continuité, sans plus d’éclat, ni moins de ténèbres…

Citations:usa

« Dans ces moments où je sens la nuit venir vers moi comme si elle s’approchait pour me porter le coup de grâce, je me rappelle ce temps et ce lieu disparus. Avec le recul, cette société semble plus douce que celle qui lui a succédé, mais je sais bien que c’est faux. Elle était fermée, étriquée, univers provincial où rien ne nous dominait excepté les montagnes et les clochers… » (Page 14)

« Ce n’est rien d’autre que le rêve de retourner dans le passé pour effacer tel ou tel événement ou procéder à telle ou telle légère modification qui changerait à jamais le cours de notre existence et, à mesure que le temps s’écoule et que les erreurs s’enchaînent, cela devient le désir le plus ardent que nous éprouvons. » (Page 35).

« La terreur de ce « quelque chose qui cloche » était-elle tapie au coeur de tout l’enseignement moral que mon père me donnait? Dans cette crainte, il m’encourageait souvent à « apprendre à me connaître » et à « être fidèle à mes propres valeurs ». Avoir une identité forte, donner du caractère au vide intérieur, c’était le but, l’apogée de toute existence. Si l’on n’y parvenait pas, on était perdu et, dans cet égarement, capable du pire. » (Page 45)

« La malédiction des souvenirs revient à passer en revue tous les possibles, à envisager ce qui est arrivé, mais aussi ce qui aurait pu se produire. » (Page 94)

« Certains hommes tombaient, vaincus par la chaleur et l’épuisement, et restaient étendus, silencieux, inanimés dans l’herbe. Mais la plupart d’entre eux continuaient d’avancer, parfois à quatre pattes, leurs chaînes mordant à présent la chair de leurs chevilles tandis qu’ils s’aidaient de leurs mains pour ramper vers le ruban écarlate qui, flottant au gré du vent, les attendait au sommet. » (Page 233).

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