Publié dans angoisse, éditions De Borée, décès d'un enfant, enquête criminelle, harcèlement moral, maternité, Passion thriller français, psychologie des personnages

Passion thriller français: Personne n’a oublié, Stéphanie Exbrayat.

Parce que le vrai courage c’est de faire son propre choix quand les autres nous disent qu’il n’y a pas de choix à faire. Et s’il le faut, dire non. Refuser d’accepter ce que tu dois accepter…

L’auteur: 

OIPStéphanie Exbrayat a toujours rêvé d’être romancière. Enfant, elle écrivait des poèmes. Adolescente, des nouvelles. Après avoir exercé de nombreux métiers et beaucoup voyagé, elle a enfin vu son rêve se réaliser en publiant son premier roman Personne n’a oublié. Aujourd’hui, elle partage son temps entre l’écriture, depuis deux autres romans ont vu le jour, et sa famille.

Le roman:

Personne n’a oublié a été publié par les éditions Terra Nova en 2017, puis par les éditions De Borée en 2019 dans la collection Polar. Le style est fluide, agréable à lire. Les chapitres courts impriment au récit un rythme qui va toujours crescendo. Pas le temps de s’ennuyer.

Construction: le récit est construit autour des extraits du journal de Colette, en italique, et de ses souvenirs avec Guy, son fiancé mort tragiquement quelques années plus tôt, racontés au passé, tandis que l’action en cours est racontée au présent. Ces allers-retours tissent la trame complexe de l’histoire de Colette, confrontée désormais à la mort de son fils.

Thème: la question du statut des femmes en 1963 affleure à différents endroits du récit, donnée primordiale pour comprendre la psychologie de Colette: Pourquoi la jeune femme, enceinte sans être mariée, a été obligée d’épouser le premier qui a bien voulu d’elle? Pourquoi, face à la violence et aux brimades de son mari, elle ne trouve pas les ressources matérielles et morales pour le quitter et refaire sa vie ailleurs?

Fil rouge: l’ours dans la poitrine de Colette: « L’ours gronde dans la poitrine de Colette, hésitant à sortir de son antre. Elle porte un main sur son coeur et se force à inspirer calmement. » (Page 218)… »Et si elle n’avait pas laissé Sam seul ce jour-là, il serait encore en vie. La culpabilité, évitée toutes ces dernières semaines…l’envahit violemment d’un coup. Le remords la torture comme aux premiers jours. L’ours surgit hors de sa tanière, babines relevées, balayant l’air de ses griffes et des ondes de douleur déferlent par vagues dans sa poitrine. » (Page 290).

L’intrigue: 

1963. Sam, tombé du deuxième étage de la grange alors qu’il n’y allait jamais, est retrouvé mort par son beau-père. Dans l’esprit de Colette, sa mère, profondément perturbée, s’insinuent la culpabilité et le doute. Ne croyant pas à la thèse de l’accident, elle soupçonne son mari, un homme violent et secret, qu’elle a été contrainte d’épouser dix ans plus tôt, enceinte d’un autre, d’être à l’origine du drame survenu en son absence.

Que s’est-il réellement passé ce jour fatidique? François, son mari, lui aurait-il menti quand il affirme être arrivé trop tard, occupé à couper du bois un peu plus loin? Et si en réalité il avait obligé le jeune garçon à monter en haut de la grange et l’avait poussé dans le vide? Ces doutes affreux ne cessent de tarauder Colette, qui en perd le manger et le sommeil.

Madeleine, sa voisine et amie, voyant la jeune femme dépérir, accepte de l’aider à découvrir pour quelle raison Sam est monté dans la grange ce jour-là. Colette se donne vingt jours pour mener son enquête et débusquer la vérité. Le compte à rebours commence. Chaque jour, elle note ce qu’elle sait et ce qu’elle doit découvrir. Peu à peu, ses investigations la mènent sur la piste du mystérieux passé que son mari lui cache soigneusement. Qui est François?

Vingt ans après la fin de la guerre mondiale, les blessures et les tensions agitent les esprits de ce petit village du Morvan. Colette parviendra-t-elle à percer les secrets de son mari? Trouvera-t-elle la solution de cette terrible énigme qui la hante nuit et jour?

Les personnages:

  • Colette: épouse de François, mère de Sam; jeune femme timide mais courageuse et déterminée.
  • François: mari de Colette; homme brutal, froid et taciturne; visage déformé par une cicatrice; a travaillé dans une imprimerie avant de s’installer au village.
  • Sam: fils de Colette et de Guy âgé de dix ans.
  • Guy: père de Sam, fiancé de Colette décédé tragiquement avant la naissance du petit.
  • Docteur Aimé Verdier: médecin et ami de Colette et de sa mère; homme jovial et attentionné.
  • Madeleine: voisine et amie de Colette à qui elle apprend la couture; femme vive, généreuse et énergique; toujours à la pointe du progrès.
  • Jean: mari de Madeleine; chef d’équipe à la scierie où travaille François.
  • Gabriel: journaliste.
  • Robert: paysan ami du père de Colette.

Les lieux:

Les lieux principaux de l’intrigue sont brossés sommairement: quelques indications, plus des repères que de véritables descriptions. suffisent néanmoins à dresser le décor.

La ferme où vivent Colette et François: on sait qu’elle se situe à dix minutes à pied du village, en direction de la forêt; que le chemin large et carrossable qui y mène s’évase pour former une cour; que l’habitation est coiffée d’un toit d’ardoises plates et que ses murs sont en pierres, qu’elle est flanquée d’une immense grange; qu’au fond de la cour se dressent un lavoir et une fontaine.

Le village: situé à 10 kilomètres de Lormes et 20 kilomètres d’Avallon, petite ville nichée au coeur de la Bourgogne, en pleine campagne; la scierie, nourrie par l’imposante forêt, constitue la principale activité de ses habitants.

Cabane de Sam: un jour, au cours de ses nombreuses promenades dans la forêt, Colette découvre une maison abandonnée dont les briques et les tuiles ont miraculeusement résisté aux intempéries. Avec tout son amour, elle la transforme du mieux qu’elle peut pout en faire cadeau à Sam, afin que le jeune garçon dispose d’un endroit ignoré de son père pour y dessiner en paix

L’ambiance: 

Avec des mots simples, Stéphanie Exbrayat parvient à dépeindre l’atmosphère délétère dans laquelle Colette et son fils vivent quotidiennement: « Quand François était absent, l’angoisse retombait un peu mais jamais complètement. Ils partageaient l’antre d’un monstre qui pouvait surgir à tout moment. Ils devaient faire attention, ne pas se laisser vivre, ne pas être heureux puisque François ne l’était pas. Ils avaient pris l’habitude de chuchoter et de mener, à l’intérieur de la maison, une vie étriquée tandis qu’à l’extérieur, loin des regards, leur joie éclatait. » (Page 41).

En conclusion:

Personne n’a oublié, premier roman de l’auteur, est une complète réussite: intrigue solide, sans fausses notes; personnages articulés avec soin, chacun jouant un rôle précis dans l’histoire; dialogues constructifs; style sobre, sans fioritures. Stéphanie Exbrayat ne cherche pas à porter un jugement négatif ni à pointer du doigt cet homme qui semble incapable de tourner le dos à ses démons pour  construire une vie agréable à sa compagne. Elle veut juste comprendre les mécanismes de la violence, qu’elle soit verbale ou autre. Comment continuer de vivre après la perte de son unique enfant? Comment survivre à une telle douleur, un tel déchirement? Une sombre histoire dans laquelle vous vous plongerez sans difficulté, feuilletant avidement ses 338 pages sans vous ennuyer une seule seconde aux côtés de cette femme doublement meurtrie par la vie…

Citations:

« Avant, j’étais douée pour embrasser les beautés de ce monde, pour apprécier tous les détails infimes qui rendent la vie belle. J’étais douée pour le bonheur. Mais ma petite voix s’est tue. Elle avait résisté à la mort de ma mère, puis à celle de Guy, mais Sam… » (Page 25).

« Elle pense à Sam. Six mois et six jours qu’il est mort. Plus d’une demi-année. Et qu’a-t-elle fait pour trouver les véritables causes de son accident. Rien. Ou presque rien. Toute sa vie elle s’est laissée porter par les événements sans se battre. Elle a subi. Elle ne s’est révoltée contre rien. Avec un peu de courage, elle aurait pu se rebiffer contre son père, ou refuser d’épouser un homme qu’elle déteste, ou partir tenter sa chance à Paris, même enceinte. Mais elle n’a rien fait de tout ça. Elle a suivi un chemin tracé, portant ses œillères solidement attachées. » (Page 107).

« Cependant, pour rien au monde elle ne souhaite troquer sa vie d’aujourd’hui contre des placards pleins. Pouvoir faire ce qu’elle veut sans devoir se justifier, pouvoir gagner de l’argent, pouvoir sourire, écouter de la musique, pouvoir se déplacer comme elle le souhaite, se sentir libre enfin, est un miracle dont elle ne cesse de jouir chaque jour et chaque nuit. » (Page 236).

« Profite de l’instant », lui intime sa petite voix, car la vie n’est faite que de ça, que d’instants collés les uns aux autres. Des chapelets de moments qui mis bout à bout finissent par former une journée, un mois, une année puis une vie. » (Page 256).

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