Publié dans Angleterre, angoisse, éditions J'ai Lu, disparition d'enfants, fantômes du passé, Passion thriller, peur

Passion thriller: La Disparition d’Annie Thorne, C.J. Tudor.

Quand le présent plonge ses racines dans les méandres d’un trouble passé qui ne se laisse pas oublier et demande des réponses, quoi qu’il en coûte…Une sombre ambiance pour un roman tout aussi sombre…

L’auteur:

téléchargementCaroline J. Tudor est une romancière britannique. Née à Salisbury, ville située dans le Wiltshire à une dizaine de kilomètres de Stonehenge, elle a grandi à Notthingham, cité de l’est des Midlands, où elle vit toujours avec son compagnon et sa fille.
Après avoir exercé divers métiers,  journaliste, serveuse, rédactrice en chef, vendeuse, scénariste, voix-off et présentatrice TV, l’idée lui est venue d’écrire l’histoire de son premier roman. Forte de son succès, elle publie son deuxième roman, La disparition d’Annie Thorne, en 2019.

Le roman:

La Disparition d’Annie Thorne, The Taking of Annie Thorne ou The Hiding Place en version téléchargement (1)originale parue en 2019, dont la traduction française a été publiée par les éditions Pygmalion en 2019 et par les éditions J’ai Lu en avril 2020.. Le style est simple, privilégiant le mot juste dans des descriptions soignées, démontrant un réel talent pour la mise en scène, donnant vie en quelques mots seulement: « Une élégante Fiat blanche dans l’allée; un vélo appuyé contre la façade; des bottes en caoutchouc abandonnées juste derrière la porte. Une maison familiale. Le genre d’endroit qui d’ordinaire, même vide, bourdonne de vie. » (Page 9). Tout le récit, mis à part le prologue, est raconté à la première personne par le narrateur, Joseph Thorne, restreignant la vision du lecteur à son seul point de vue.

Construction: prologue: description détaillée d’une scène épouvantable, plongeant d’emblée le lecteur dans l’horreur. Ensuite, le narrateur raconte l’histoire illustrée de ses souvenirs personnels et de flash-backs de 1992.

Fil rouge: les tragédies qui se sont déroulées au collège Christophe Manning, notamment celle de Julia et Ben Norton.

L’intrigue:

Après de nombreuses années d’absence, Joseph Thorne revient s’installer à Arnhill suite à la réception d’un mail énigmatique, faisant référence à une tragédie qui a endeuillé la vie de sa famille, vingt-cinq ans plus tôt: « Je sais ce qui est arrivé à votre sœur. Ca recommence. » Qui est l’expéditeur de ce mail? Que sait-il exactement? Et pourquoi lui envoyer précisément maintenant?

Joseph parvient à se faire embaucher comme professeur dans son ancien collège. Il s’installe dans le cottage où Julia et son fils Ben ont vécu et sont morts, ce qui semble déplaire aux habitants du village, dont certains lui font comprendre leur désapprobation de manière bien peu courtoise…

Lorsque Joseph était âgé de quinze ans, sa jeune sœur Annie, alors âgée de huit ans, a disparu sans laisser aucune trace, puis elle est revenue. Mais plus rien n’a été comme avant. Tout comme le jeune Ben qui avait lui aussi disparu pendant 24 heures, deux mois avant son brutal décès. Simple coincidence? Même histoire que celle d’Annie?

Joseph se lance dans une quête dans le passé, tentant d’apporter des réponses aux questions laissées en suspens pendant toutes ces années. Mais pourquoi s’invente-t-il une biographie? Pour quelle raison ment-il à propose de sa sœur? Quels secrets cache-t-il et dans quel but?

Les personnages:

  • Joseph Thorne: professeur, narrateur; frère d’Annie Thorne.
  • Harry: directeur de Arnhill Academy.
  • Beth Bellafond: professeur d’arts plastiques.
  • Susan Hardy: professeur d’histoire.
  • James Edwards: professeur de mathématiques.
  • Coleen Hibbert: professeur de sport.
  • Simon Saunders: professeur de sociologie.
  • Brendan: ancien coloc et ami de Joseph.
  • Jeremy Hurst: fils de l’ancien copain de Joseph.
  • Stephen Hurst: ancien copain de Joseph; conseiller municipal de Arnhill.
  • Gloria: ancien amour de jeunesse de Joseph: épouse de Stephen.

Les lieux:téléchargement (2)

Des décors peu accueillants, aussi lugubres et inquiétants que cette sombre histoire de disparition d’enfants et de meurtres sordides, dont la noirceur est sublimée par un vocabulaire « choisi », propre à donner un aperçu précis de l’état d’esprit des habitants et de l’enfant prodigue:

Région du Nottinghamshire: « Endroit incolore, plat, dépourvu de la vitalité qu’on est en droit d’attendre de la campagne. Comme si les mines qui ont jadis prospéré ici avaient aspiré toute vie de l’intérieur. » Comme si les événements tragiques qui s’y étaient déroulé y avaient définitivement apposé leur marque.

Arnhill: à l’image de la région, Arnhill est un « endroit glacial, sombre, aigre, renfermé sur lui-même, qui voit les visiteurs d’un mauvais œil. A la fois stoïque, inébranlable, fatigué. C’est le genre de village qui vous accueille d’un regard de biais et salue votre départ d’un crachas dégoûté. » … »En dehors d’une ou deux fermes et de quelques cottages anciens en pierre en périphérie, Arnhill n’a rien de charmant ou de pittoresque…Des rangées de maisons mitoyennes en briques couvertes de suie s’alignent le long de la grand-rue, ainsi qu’un pub miteux, le Running Fox…Le Wandering Dragon voisin, guère plus qu’une baraque à frites, est lui aussi demeuré hermétique au progrès, à toute trace de peinture fraîche ou à un quelconque changement de menu. » (Pages 19-20).

=> Que peut-on attendre d’un lieu aussi sinistre et désolé sinon drames et événements tragiques?

Arnhill Academy: « La première chose qui me frappe est l’odeur. Tout établissement scolaire possède la sienne. Dans les lycées modernes, c’est celle du désinfectant et du nettoyant pour écran. Dans les écoles privées, de la craie, du parquet en bois et de l’argent. Arnhill Academy sent le vieux burger, les toilettes et les hormones. » (Page 22).

La Houillère: le sentiment de triste désolation qui nous a suivi tout au long de notre progression dans les arcanes de cette histoire nous prend ici à la gorge, comme si la Houillère concentrait toutes les noirceurs d’Arnhill: « J’observe autour de moi les ondulations des lignes brunes et vertes. De l’herbe éparse et des buissons épineux, des pentes caillouteuses glissantes et de profondes cavités remplies d’eau marécageuse d’où émergent des roseaux. » (Page 222).

En conclusion:

C.J. Tudor, nouvelle figure du thriller britannique, sait distiller le suspense avec maestria, faisant monter l’angoisse peu à peu: « Le palier est glacé. Il n’ay a pas de radiateur à l’étage. Mais ce n’est pas ça. Ce n’est pas un froid naturel. Pas le genre de température qui m’a accueilli à mon arrivée dans le cottage. Ce froid-là est différent. Un froid insidieux…Le genre de froid qui s’insinue dans les os et s’installe, comme un gros glaçon, dans les entrailles. » (Page 81). Joseph raconte l’histoire de sa soeur au compte-gouttes, sans rien dévoiler vraiment: « Elle avait souri…Et c’est alors que j’avais compris ce qui avait mal tourné. Ce qui avait terriblement, horriblement mal tourné… » (Page 211).

Le +: les pensées du narrateur en aparté, comme s’il entretenait avec le lecteur un dialogue intérieur au fil de ses réflexions, de ses questionnements, de ses avancées aussi, faisant de lui une sorte de confident.

Un second opus à la hauteur des espérances formées après la lecture de L’homme craie: suspense habilement sécrété, des personnages tourmentés, à la psychologie fouillée, dont aucun n’est franchement tout bon tout méchant, des décors en adéquation avec l’histoire, une intrigue habilement mise en scène…Bref, tous les ingrédients pour vous faire frissonner…

Citations:

« Je sens ma gorge se serrer, juste un peu. J’ai beau m’être endurci avec le temps, cela m’atteint encore. Une vie prometteuse. C’est le cas de toutes les vies. Une promesse. Jamais une garantie. Nous aimons croire que l’avenir nous réserve une place, mais ce n’est rien de plus que cela: une réservation. La vie peut être annulée à tout moment, sans avertissement, sans remboursement, quel que soit le temps que vous y avez passé. Même si vous venez à peine d’entrer dans le décor. » (Page 28).

« Comme Harry l’a justement souligné, cela fait un bail que je n’ai pass enseigné. Je reconnais que je suis un peu rouillé. Puis je me souviens de ce que m’a dit un collègue, un jour: l’enseignement, c’est comme le vélo. On n’oublie jamais. Et si tu te sens instable ou sur le point de tomber, souviens-toi toujours qu’il y a derrière toi une trentaine d’élèves qui n’attendent qu’une occasion pour t’humilier ou te faucher ton vélo. Donc, ne t’arrête jamais de pédaler, même si tu ne sais pas où tu vas. » (Page 57).

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