Publié dans angoisse, éditions Viviane Hamy, disparition inexpliquée, enquête criminelle, humour noir, Passion polar français

Passion polar français: Sous les Vents de Neptune, Fred Vargas.

« Le torero qui ne connaît pas sa bête est assuré de se faire encorner ». Quatrième apparition du commissaire Adamsberg dans une enquête qui le conduira jusqu’au Québec…et aux confins de son passé…

L’auteur:

Fred Vargas, de son vrai nom Frédérique Audoin-Rouzeau, est née le 7 juin 1957 à Paris. Elle exerce la profession d’archéo-zoologue médiéviste, mais est plus connue pour ses romans policiers principalement consacrés au commissaire Adamsberg, personnage hors du commun.

Le roman.

Sous les Vents de Neptune a été publié par les éditions Viviane Hamy en 2004. C’est le quatrième opus mettant en scène le commissaire Adamsbertg et son équipe. Il marque un tournant dans la carrière du commissaire qui rencontre de plus en plus d’hostilité ouverte de la part de ses collaborateurs, notamment son adjoint Adrien Danglard, mais également les lieutenants Favre et Retancourt qui pourtant, jusqu’à présent, le soutenaient plus ou moins.

L’histoire se situe un an après les événements relatés dans Pars vite et reviens tard. Le style, propre à l’auteur, mêle une langue imagée et riche à un ton souvent empreint de dérision et de fantaisie, de ténébreuse lumière: « Adamsberg marcha longtemps dans le froid des rues, serrant les pans de sa veste, son sac de voyage toujours à l’épaule. Il traversa la Seine puis grimpa sans but vers le nord, pensées entrechoquées dans sa tête. Il aurait souhaité devenir au moment paisible où, trois jours plus tôt, il appliquait sa main sur la calandre froide de la chaudière. Mais depuis il semblait s’être produit des explosions de tous bords, comme le crapaud qui fumait. Plusieurs crapauds qui fumaient ensemble et qui avaient explosé à de courts intervalles. » (Page 99).

Thème principal: la tolérance: « Voilà, dit Adamsberg. Tâchez de saisir et évitez l’ironie facile, ou c’est la mission tout entière qui tombe à l’eau…Je compte sur vous pour ne pas vous conduire en touristes, parisiens qui plus est, parlant fort et dénigrant tout. » (Pages 109-110).

L’intrigue:

Octobre. Adamsberg s’apprête à s’envoler pour le Québec pour un stage de deux semaines ciblé sur le traitement des empreintes génétiques. Mais un malaise diffus l’assaille. Avec l’aide de Danglard, qui lui explique la signification d’un tableau représentant le dieu Neptune, il comprend ce qui le trouble: la lecture d’un article dans le journal relatant le meurtre d’une jeune fille de trois coups de couteau dans le ventre, pour lequel Vétilleux, un vagabond, a été arrêté, lui rappelle une douloureuse affaire survenue trente ans plus tôt.

A l’époque, son frère, Raphaël, avait été inculpé du meurtre de sa fiancée selon le même modus operandi. Le jeune policier qu’il était avait épargné la prison à Raphaël en falsifiant le dossier à charge, mais il n’était parvenu ni à l’innocenter, ni à faire inculper le véritable meurtrier, malgré son identification certaine. Car l’assassin de la jeune fille n’était autre qu’un juge respecté.

Tenace et déterminé, Adamsberg l’avait traqué pendant des années jusqu’à sa mort, perdant alors tout espoir d’innocenter et de réhabiliter la réputation de son frère, détruit moralement et physiquement par cette terrible affaire. Pourtant, quatorze ans plus tard, et contre toute logique, le commissaire reprend sa traque. Mais cette fois, l’ennemi se montrera implacable.

Enquête difficile à plus d’un titre pour Adamsberg qui se heurte de plus en plus souvent à la sourde hostilité des membres de son équipe qui ont du mal à comprendre et accepter son mode de fonctionnement déconcertant pour ceux qui ne le connaissent que superficiellement. D’autant qu’il se retrouvera pris au piège et soupçonné du meurtre de la jeune Noëlla par la police québécoise. Pour se tirer de ce mauvais pas, il ne pourra compter que sur la loyauté du lieutenant Retancourt et la fidélité de Danglard, malgré leurs récentes dissensions.

Les personnages:

Equipe d’Adamsberg:

  • Jean-Baptiste Adamsberg: commissaire de police, âgé de 45 ans, originaire des Basses-Pyrénées, muté à Paris; a cinq sœurs; personnage atypique qui dégage un charme magnétique: « Parce que le nez était trop grand, parce que la bouche était tordue, mobile, sans doute sensuelle, parce que les yeux étaient flous et tombants, parce que les os du léger maxillaire étaient trop apparents, ça semblait un cadeau d’avoir à caricaturer cette gueule hétéroclite, née d’un véritable bric-à-brac au mépris de toute harmonie un peu classique ». (Page 18).
  • Adrien Danglard: bras droit du commissaire, « un homme pas bien beau, très bien habillé, le ventre et les fesses basses, qui buvait pas mal, et qui ne paraissait plus très fiable après quatre heures de l’après-midi, parfois avant. » (Page 15). Élève seul ses cinq enfants car sa femme l’a quitté.
  • Commandant Mordent:  rigueur de paperassier, penchant pour l’accordéon et la chanson populaire.
  • Lieutenant Voisenet:  ex chimiste et naturaliste.
  • Lieutenant Violette Retancourt: physique impressionnant (1m79, 110 kilos), capable de convertir son énergie à sa convenance; loyale, personne de confiance, pleine de ressources, ne dévie jamais de son objectif, quel qu’il soit; voix grave au timbre bien trempé.
  • Lieutenant Hélène Froissy: caractère enjoué mais dépressive.
  • Estalère: jeune recrue, timide, voue une admiration sans borne au lieutenant Retancourt.
  • Lieutenant Noël: tout en action, participe à tout sans réfléchir.
  • Brézillon: chef divisionnaire.

Les autres personnages:

  • Honoré Guillaume Fulgence: ancien juge qui avait été puissant; ne parlait à personne, n’aimait pas les enfants; habitait seul; tout le village avait peur de lui
  • Clémentine Caubet: vieille femme de 86 ans dont Adamsberg a fait la connaissance dans la précédente affaire.
  • Josette: vieille amie de Clémentine; d’apparence menue et vulnérable; douée en informatique.
  • Aurèle Laliberté: surintendant principal là la GRC; homme chaleureux, direct mais dénué de tact et colérique
  • Raphaël Adamsberg: frère d’Adamsberg; grande ressemblance physique mais tout en harmonie; mouvements plus vifs, réactions plus rapides que son frère.
  • Basile: journaliste photographe, ami de Violette.
  • Fernand Sanscartier: sergent, seul sous-officier de l’unité; timide mais sympathique.
  • Noëlla Cordel: française serveuse au Caribou.
  • Mitch Portelance: policier québécois, chargé d’accompagner Adamsberg durant son séjour.

Les lieux:

Les lieux dans lesquels évoluent les personnages de Fred Vargas sont l’objet d’une mise en scène soignée, dans le style atypique qui caractérise l’auteur, plus prompte à définir une ambiance qu’à fournir des développements superflus. Ainsi pour la description du commissariat, livrant au final peu de détails: « Le commissaire remonta l’escalier à vis et traversa la grande salle du rez-de-chaussée…Sans qu’on en connaisse du tout la cause, on appelait cette pièce la Salle du Concile, en raison sans doute, pensait Adamsberg, des réunions collectives qui s’y déroulaient. » (Page 11) => On n’en saura pas plus…

Le pub « Les Eaux troubles de Dublin »: « un bar sombre dont l’atmosphère bruyante et l’odeur acide avaient souvent ponctué ses déambulations. Le lieu, exclusivement peuplé d’Irlandais dont il ne pouvait saisir un seul mot, présentait l’avantage unique de fournir humanité et bavardages à satiété en même temps que parfaite solitude. Il y retrouva sa table poisseuse de bière, l’air saturé des relents de Guinness… » (Page 22) =>La magie de Frde Vargas est que, sans aucun détail précisant la configuration des lieux, le lecteur peut tout à fait se plonger dans l’atmosphère du pub comme s’il accompagnait le commissaire.

Le GRC se résume à « de grands cubes de brique et de verre, flambants neufs au milieu des arbres rouges » tandis que la ville de Hull s’étend sur des kilomètres de pays plat découpé en carrés par des rues désertes et propres, ponctué de maisons à pans de bois. Rien d’ancien, rien de décrépi, pas même les églises qui ressemblaient plus à des miniatures en sucre… »

En conclusion:

Le +: roman foisonnant développant les fils de plusieurs histoires entremêlées dont on se demande s’ils se rejoindront à la fin pour ne plus former qu’un seul récit.

Le succès jamais démenti de la série repose sur la capacité de l’auteur à défier les conventions du genre pour aboutir à des oeuvres originales, attachantes, que l’on dévore sans en laisser une miette.

Qu’ajouter de plus sinon que, une fois encore, Fred Vargas nous bluffe par son talent exceptionnel à créer des intrigues originales, captivantes, animées par des dialogues savoureux et par des personnages hauts en couleur, aucunement caricaturaux, revendiquant leur existence comme de vraies personnes, avec leurs doutes, leurs faiblesses, leurs défauts et leurs qualités, leurs croyances et leurs blessures.

Citations:

« -Mais pourquoi le coureur couraille-t-il, Clémentine? La vieille femme cala ses gros poings sur sa taille. -Ben parce que c’est plus facile. Pour aimer, faut donner de soye, au lieu que pour courailler, y en a pas besoin. La côte de porc, ça vous va avec des haricots? » (Page 102).

« Il se sentait assez bien en rentrant pour boucler ses bagages et faire place nette dans le studio blanc. Place nette, c’est ce qu’il aurait aimé retrouver à Paris. Il se sentait saturé de ces turbulences de nuages, de ces cumulus sombres qui se heurtaient les uns les autres comme des crapauds surgonflés, sans oublier la foudre, bien entendu. Il fallait dissocier, couper les nuages en petits bouts, déposer chacun des brins au fond d’une alvéole, sur une plaquette de traitement. Au lieu de tout emmêler en vrac dans un importable gros sac. Il traiterait les écueils comme il l’avait appris ici, pelletant les nuages échantillon par échantillon et par ordre de longueur. » (Page 193).

« -Moi, je ne fais que vous raconter l’histoire. C’est amusant. Et puis c’est intéressant. Tout au fond des contes, il y a toujours un poids lourd. De la vase, une vase éternelle. Le lac Pink traversa les pensées d’Adamsberg. -Quelle vase? demanda-t-il. -Une vérité si crue qu’on n »ose la dire que sous le déguisement du conte. Tout cela dans des châteaux avec des robes couleur du temps, des spectres et des ânes qui chient de l’or. » (Page 202).

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